La Société Nouvelle est dabord le projet dun homme : Fernand Brouez, mais avant de parler de lui, examinons ce quon peut dire de sa revue.
Du point de vue politique, la ligne éditoriale est la fois clairement de gauche, et parfois dextrême-gauche, en raison du pluralisme cher à son directeur. Cest ainsi que, même si lors de son lancement, en novembre 1884, lidéologie revendiquée est celle du colinsisme ou socialisme rationnel (une phrase comme " Seuls les penseurs, les savants sont à même détablir le diagnostic et dindiquer le remède moral et économique qui rendra la santé à lorganisme social " évoque assez bien de quoi il sagit), toutes les tendances jugées progressistes y sont représentées (les articles de membres ou dintellectuels proches du POB y côtoyant ceux danarchistes et décrivains symbolistes et naturalistes européens). Charlier et Hanse lavaient déjà souligné dans leurs Lettres françaises de Belgique : " sans faire de polémique, sans dissimuler ses opinions démocratiques, elle laissera la plus absolue indépendance à ses collaborateurs et offrira le panorama le plus riche de notre production littéraire pendant près de quinze ans ".
Cest donc bien parce quelle donne loccasion aux différentes tendances de gauche de sexprimer que lon peut sans craindre lexagération qualifier La Société Nouvelle de tribune libre de la gauche européenne.
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La spécificité de la Société Nouvelle sur le plan éditorial est sans doute quelle se veut la plus internationaliste des grandes revues de son temps, et cet internationalisme est bien évidemment dirigé en premier lieu vers la France. De manière générale, il savère que les autres revues bruxelloises de lépoque sont nettement moins enclines que la SN à avoir des relations soutenues avec leurs équivalentes françaises. Cela ne peut guère sexpliquer, mais on doit bien constater que, " à la différence de la majorité de leurs consurs de la capitale qui marquent des réserves à légard de Marianne, les revues wallonnes sont résolument gallophiles ".
Mais justement, la Société Nouvelle est un peu une revue wallonne, non seulement par son principal fondateur, originaire du Borinage, mais aussi par certains des auteurs quelle publie (Maurice Des Ombiaux, etc.).
Cet internationalisme dailleurs nest pas à sens unique, puisque la SN fait découvrir les auteurs français en Belgique, mais également les écrivains belges en France. Et pas que les Belges ! Jeanne Verbij-Schillings sen fait la remarque, au sujet des lettres néerlandaises : " Ironisch genoeg werpt het Franstalige Belgische tijdschrift La Société Nouvelle zich in mei 1887 op als intermediair tussen de Nederlandse letteren en het Franse publiek door uitvoerig stil te staan bij de literaire verdiensten van Multatuli. In 1893 publiceert hetzelfde tijdschrift een vertaling van zang I van Van Eedens gedicht Ellen ".
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" Il y avait dans ce Wallon du Germain et du Gaulois ". Cette image, que Hubert Krains applique à Fernand Brouez, peut parallèlement convenir à qualifier la position de La Société Nouvelle, à la croisée du Nord et du Sud ; tant il est vrai que si elle reste dans les mémoires essentiellement pour les nombreux écrivains dorigine russe, nordique et germanique quelle révéla aux publics belge et français (Tolstoï, Ibsen, mais aussi les premiers fragments de Nietzsche traduits en français), noublions pas quelle comptait dans ses rangs de multiples collaborateurs de culture latine.
Et dailleurs, nest-ce pas pour une part cette multiplicité de nationalités dans la SN qui a concouru à ce que sopère en elle une synthèse des littératures et des idées qui se
répandaient alors dans toute lEurope ? Sans doute, quand lon songe que " les revues ont aussi été un vecteur essentiel du cosmopolitisme littéraire " . Rétrospectivement, on se rend peut-être mieux compte du " rôle dorganes comme La Société Nouvelle dans la pénétration des littératures étrangères dans le domaine francophone ". Son éclectisme en matières de littératures européennes fait songer à la " Revue de la quinzaine " du Mercure de France.
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Une autre particularité notable de la SN est sa position même vis-à-vis des autres grandes revues de lépoque. Au sein de la bataille qui fait rage entre LArt moderne et La Jeune Belgique, elle va créer " un trait dunion entre les deux adversaires " et " entretiendra dexcellents rapports avec La Jeune Belgique comme avec LArt moderne " . Cest en cela quelle dérogera partiellement à la règle qui dit que " chaque projet de revue est en quelque sorte le résultat dun complot : dune génération de jeunes contre les anciens, dune esthétique contre une autre, de valeurs avant-gardistes contre les valeurs instituées, académiques. ( ) Affirmation le plus souvent exprimée sous la forme dun manifeste grâce auquel chaque groupe désigne ses "adversaires", précise ses orientations éditoriales, choisit ses lecteurs, tout cela suivant une échelle dintentions qui va du dogmatisme à léclectisme ". En effet, la SN se cherche moins des ennemis parmi ses consurs quelle ne sefforce de fédérer les volontés progressistes.
On peut trouver plusieurs raisons à ces bonnes relations avec LArt moderne et La Jeune Belgique : dabord, la SN ne prend pas fait et cause pour lune des deux parties dans les controverses esthétiques qui les opposent (ce qui est sans doute une conséquence de son seul parti pris : le pluralisme des idées, politiques et esthétiques) ; et ensuite, sur un plan personnel, il se trouve quun Arthur James est en bons rapports, bien que pour des raisons différentes, avec des représentants des deux revues : E. Picard pour LArt moderne, M. Waller pour La Jeune Belgique, revue où James avait fait ses débuts (du temps où elle sappelait encore La Jeune Revue Littéraire).
Si nous sommes ignorant de la qualité et de la fréquence des contacts que F. Brouez avait avec LArt Moderne, il semblait en tout cas être au mieux avec La Jeune Belgique. Cest ainsi par exemple que, accompagné de Mockel, le directeur de La Wallonie, il acceptera de se rendre à linvitation de La Jeune Belgique, à loccasion du banquet anniversaire quelle organise pour fêter ses dix ans, le 15 janvier 1891. Ils y prendront dailleurs la parole, aux côtés de Gille, Maubel et Giraud. Brouez sexprimera tout particulièrement sur la dette des lettres belges à légard de la revue de lart pour lart : " cest au grand mouvement Jeune Belgique que nous sommes redevables de cette rénovation [de la littérature belge] " , puis établira un parallèle entre celle-ci et sa revue : " La Jeune Belgique et La Société Nouvelle ont rencontré les mêmes obstacles, se sont heurtées à la même indifférence. Leur amitié est née de cette lutte " , en insistant finalement sur son souhait de " réunir les éléments de la grande synthèse qui se prépare et doit conduire les hommes vers un siècle de régénération et de rédemption ".
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Pendant quelques années (1897-1903), la Société Nouvelle sest appelée LHumanité Nouvelle. Pour notre étude, nous considérerons quil sagit du même périodique, bien quavec des changements substantiels. La validité de ce point de vue devrait se manifester à la lecture des pages qui suivent.
5.1 La Société Nouvelle : Revue internationale, Sociologie, Arts, Sciences, Lettres, première série
(novembre 1884 janvier 1897)
Le premier numéro de la SN paraît le 20 novembre 1884. Ce numéro est remarquable en cela quil propose des articles dauteurs représentatifs de la plupart des tendances littéraires et politiques quon associera par la suite à la SN. Il compte à son sommaire les signatures de Camille Lemonnier (pour le naturalisme), Georges Rodenbach (pour le symbolisme). En politique et en économie, on retrouve Louis De Potter (colinsiste), Élisée Reclus (anarchiste), César de Paepe (socialiste), Hector Denis (proudhonien). Et déjà linternationalisme nest pas un vain mot : au côté des auteurs belges et français, on constate la présence de lAméricain Henry George.
Nous ignorons si le lancement de la SN a été précédé dun appel à souscription sous forme dabonnement, toujours est-il que nous nen avons pas trouvé trace. Nous ignorons pareillement quels étaient, dans les années qui suivirent, les pourcentage respectifs de diffusion en librairies et par abonnement.
Les premiers numéros comptent entre 60 et 72 pages, puis 112 en 1890, 132 en janvier 1891 (et parfois un peu moins dans les mois qui suivent : de 112 à 124), et quelquefois des pointes à 140 ou 150 en 1892. On voit bien avec ces variations que la SN ne cherche pas à tout prix à garder une pagination immuable. Des tables des matières récapitulatives sont publiées à chaque fin de semestre. En six mois, la SN des années 90 produit entre 700 et 900 pages. Le montant de labonnement annuel pour la Belgique est de 8 francs, les frais de port en sus pour létranger.
Le tirage est de 1500 numéros (celui de La Philosophie de lAvenir nest alors que de 300 exemplaires, mais cela est cohérent avec son statut dorgane doctrinal, presque de " bulletin intérieur " de la secte), ce qui semble peu à première vue, mais Francis Nautet observait quelques années plus tard que " pour les publications littéraires, le nombre de 800 est un chiffre élevé comprenant déjà des abonnements forcés dus à la camaraderie ". De plus, " lhistoire littéraire ( ) a montré que linfluence ou la réputation des revues était loin davoir un rapport avec leurs tirages " ; puisque " elles ont beaucoup plus de lecteurs que dabonnés, car on se les prête parmi la jeunesse ".
Tant que nous discourons sur la diffusion, relevons quen 1886 la SN reprendra le fichier des abonnés de La Basoche autre revue littéraire, créée en 1884 par Charles-Henry de Tombeur et André Fontainas lorsquelle cesse de paraître après seize numéros. Nous ne savons pas à combien de lecteurs ce fichier correspondait, mais ce ne peut être considérable, vu la jeunesse de cette revue. R. Fayt signale lexistence dun faire-part inséré dans le dernier numéro de la revue où lon déplore " la perte irréparable de Dame Basoche ", signalant que " le service littéraire pour le repos de ses abonnés sera fait dorénavant par La Société Nouvelle ".
Quand cette décision a-t-elle été prise ? À notre avis, très peu de temps après le choix de mettre un terme à la revue créée par Tombeur, puisque lavertissement au lecteur prend la forme dun faire-part plutôt que dun encadré dans le corps de la revue, ce qui laisse imaginer que laccord avec la SN a été finalisé alors que les exemplaires du dernier numéro de la Basoche étaient déjà imprimés.
À notre connaissance, la SN ne réitérera pas dautres opérations de ce genre. Si cest une bonne méthode pour se faire connaître par de nouveaux lecteurs (encore faut-il quils ne soient pas déjà abonnés à la SN !), peut-être nest-elle pas pour autant rentable : combien doit-on payer au responsable de la revue dont on rachète les abonnés ? Normalement, le calcul devrait se faire sur base du nombre de numéros à livrer en moyenne par abonné ; mais dans le cas qui nous occupe, peut-être Fontainas cherchait-il à ce que ses abonnés ne soient pas lésés par la cessation de parution de la Basoche, et a-t-il transmis la liste des abonnés à titre gracieux ? Nest-il pas même imaginable quil ait payé les dirigeants de la SN pour reprendre ses abonnements, car après tout Brouez et James nétaient pas certains quun fraction conséquent de ce nouveau lectorat sabonnerait définitivement, et dans ce cas les numéros qui leur auraient été envoyés gratuitement auraient été en pure perte.
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Fernand Brouez, qui venait juste darrêter des études de médecine à lULB, et Arthur James encore stagiaire au Barreau de Bruxelles en sont les premiers " secrétaires de rédaction " (titre que Brouez préférait à celui de rédacteurs en chef).
Voici comment les rédacteurs La Société Nouvelle présentent leur revue : elle " publie des études sociales historiques et littéraires, ainsi que des articles de critique ( ), grâce à lappui que nous prètent [sic] les chefs du mouvement social dans ces divers pays, nos lecteurs seront tenus au courant des principaux travaux et des ouvrages paraissant à létranger. Nous remercions toutes les sommités du monde scientifique et littéraire qui, tant en Belgique quen Hollande, en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Espagne, en Russie, en Amérique, veulent bien nous seconder ".
Un public spécifique est-il visé ? Il semble plutôt, au contraire, que le pluralisme affiché et revendiqué corresponde à une volonté de fédérer largement toutes sortes de tendances dites progressistes. Dailleurs, les hauts tirages (toutes proportions gardées) mentionnés plus haut nous font penser que la revue ambitionnait de ne pas restée cloîtrée dans une certaine marginalité et de peser peu ou prou sur la pensée de son temps. Notons toutefois que lors de son lancement, on annoncera que La Société Nouvelle " se propose surtout de susciter parmi les jeunes gens une noble émulation ", ce qui est bien sûr lié au jeune âge des deux fondateurs (24 ans).
Nous savons par plusieurs sources que Jules Brouez le père de Fernand participa au financement de la SN, mais nous ignorons par contre combien il y investit, ni à quelle part du financement total cela correspondait. Selon Évelyne Wilwerth, il finança la revue pendant douze ans, soit pratiquement jusquà la fin de la première série. Nous sommes tentés de croire quil était lunique bailleur de fonds, et que la mention de Ferdinand Larcier comme éditeur résultait dun arrangement quil avait pris avec cette maison. En effet, peut-être était-il plus prestigieux pour une revue de haute volée dêtre édité par une maison reconnue.
Cette hypothèse se trouve renforcée du fait que par après, et ce jusquà la fin de la 1ère série, nous ne retrouvons plus dans le colophon que des coordonnées de libraires. Nous les avons interprétées comme étant des mentions de diffuseurs, certes arbitrairement, tant il est vrai quà la fin du XIXe siècle, certains libraires assumaient en parallèle une fonction déditeur Ce qui nest pas fait pour nous aider à y voir plus clair.
Toujours est-il que, nayant pu consulter les archives de La Société Nouvelle (registre de comptes, correspondances administratives ) soit quelles nexistent plus, soit que nous nayons su les localiser nous ne pouvons être très affirmatif sur ce point.
Examinons maintenant plus en profondeur les changements quon peut recenser à partir des données du colophon. Voici la mention dédition présente dans le 1er numéro (novembre 1884) et qui ne changera pas jusquen octobre 1885 :
Bureaux à Bruxelles, rue des Minimes, 10 ;
Bruxelles : Ferdinand Larcier, éditeur ;
Amsterdam : Feikema et Cie, Librairie française, Heerengracht, 231 ;
Paris : Librairie étrangère H. Le Soudier, Boulevard Saint-Germain, 174.
En novembre 1885, le libraire H. Stapelmohr (24, Corraterie, Genève) prend la place de léditeur Ferdinand Larcier dans le colophon, situé en bas de la page du sommaire. À partir de ce moment-là, on ne trouve plus nulle part de mention déditeur. Serait-ce parce que désormais la SN est imprimée sur place, ce qui pourrait donner une raison au changement dadresse des bureaux, qui sont déménagés au n° 15 de la rue des Chevaliers ? On peut le penser, si lon songe que les précédents bureaux de la rédaction étaient justement situés à ladresse de léditeur Larcier.
En janvier 1888, " Albert Savine, Nouvelle librairie parisienne (18, rue Drouot) " remplace H. Le Soudier ; et dès le 31 janvier 1889, elle sera la seule présente sur la page des sommaires, graphiquement sur un pied dégalité avec la mention " Bruxelles, bureaux : rue de lIndustrie, 26 ". Dans le numéro de septembre 1889, on apprend que Savine déménage au 12,
rue des Pyramides. En février 1890, apparaît de nouveau en bas de la page des titres la mention relative à H. Le Soudier.
Le 30 septembre de la même année, le lecteur peut lire que les bureaux de Bruxelles
sont déplacés trois maisons plus loin, au n°32 de la rue de lIndustrie. Ce qui est la troisième
adresse différente en six ans. Cest alors aux bureaux parisiens dattraper la bougeotte.
En juin 1892, ils sont au 66 de la rue de la Rochefoucauld puis, en mai 1893, au n° 15 de la rue de lÉchaudé-Saint-Germain. En janvier 1894, on les retrouve au 7, rue Choron ; et en mars, au 45, avenue de Trudaine. En juin et juillet 1895, ils sont au 12, rue Vignon. Ensuite, ils restent au 5, impasse de Béarn jusquen décembre 1896 ; puis ils trouvent enfin refuge au 75 de la rue Buffon.
Soit sept adresses différentes sur une période dà peine quatre ans et demi, ce qui incite le chercheur à se poser la question du pourquoi de ces déménagements incessants (ils ne restent jamais plus de 16 mois à la même adresse, et pour le moins seulement deux mois). Serait-ce des problèmes de loyers trop chers qui en seraient la cause ? Ou bien la volonté davoir des bureaux mieux situés ? Quelques années plus tôt, on aurait pu à la rigueur voir dans ces déménagements à répétition un signe des ultimes secousses de la refonte haussmannienne du vieux Paris, mais ici ce nest plus guère imaginable.
Pour en juger, on devrait en première analyse visualiser les déplacements en question sur une carte du Paris de lépoque. Il sagirait donc de prendre en compte la qualité des quartiers parisiens de lépoque (quels étaient leurs niveaux de loyers respectifs, lesquels les mieux desservis en termes de possibilités de transport, etc). Hélas, il était pour ainsi dire impossible dexaminer le bien-fondé de telles hypothèses dans le temps imparti pour ce mémoire...
Signalons encore quentre octobre 1892 et décembre 1896, le prix de la revue naugmente pas et reste de 1 franc 25 (si ce nest pour un numéro spécial de 200 pages, qui couvre les mois de novembre et décembre 1892, qui lui coûte 2 francs 50 ). Pour en finir avec les aspects descriptifs, il faut encore mentionner que la SN perdra une partie de son sous-titre en janvier 1889 (" Sociologie, Arts, Sciences, Lettres ") pour devenir La Société Nouvelle : Revue internationale, et constater au travers des nombreux changements quelle connaîtra entre 1884 et 1914 (titre, sous-titre, direction, lieu dédition, imprimeur ), la présence de quelques constantes : un format in-8 (26 x 16 cm), une couverture vert foncé et une périodicité mensuelle.
La première série de la SN sachève au début de 1897, sans doute en raison de létat de santé calamiteux de son directeur, alors quelle est " de plus en plus florissante ( ) au premier rang des périodiques ", après douze ans et trois mois dactivité.
5.1.1 Le fondateur et secrétaire de rédaction
Fernand Brouez
Fernand Louis Maximilien Brouez, benjamin dune famille de la bourgeoisie hennuyère et fils du notaire Jules Brouez, naquit le 13 août 1861 à Wasmes. La même année meurt laventurier de la famille, le grand-père, Prosper, né lui en 1786.
Nous savons peu de choses sur son enfance et son adolescence, si ce nest quil se montre très attaché à Paul-Léon-Alexandre, son aîné dà peine un an (né le 2 juillet 1859), ce qui nest pas étonnant chez des frères pratiquement du même âge et qui, ayant été élevés par leur père et par des précepteurs, nont sans doute jamais été séparés lun de lautre, même pour quelques heures, comme le sont ceux qui vont à lécole. Ainsi vont-ils sinscrire le même jour, en 1877, à lULB. Lui en candidature en philosophie et lettres, et Paul en sciences naturelles.
Détaillons les études du fondateur de La Société Nouvelle pour tenter den retirer quelques informations, car ces années de formation compteront particulièrement, en raison de leur durée et de leur diversité, dans la formation intellectuelle de F. Brouez.
Là où Paul se révèle un élève sans problème (dès 1879, il entame un doctorat en sciences, après des candidatures en médecine), Fernand donne a posteriori limpression de navoir pas pu saccomplir pleinement dans le cadre de ses études, puisque il en change plusieurs fois lorientation, sans jamais dépasser le stade des candidatures ; mais tout cela peut se justifier partiellement par un malheur familial qui va le frapper de plein fouet. Après deux années en philosophie, survient un événement inattendu qui va le plonger dans un profond accablement, dont il sera long à se remettre : le 30 juillet 1879, son frère, alors en sa troisième année universitaire, meurt de la scarlatine. Évelyne Wilwerth, lune des biographes de sa future femme Neel Doff, prête à Fernand Brouez ces mots pour exprimer sa douleur en cette occasion : " Jai cru devenir fou. Pendant des mois, jai erré dans les rues, obsédé par cette mort. Je parlais tout seul. Mes copains ont fini par me fuir. Je me suis alors inscrit en médecine ". Ce que cette citation ne dit pas, cest que pendant ses mois derrance, il nest plus seulement inscrit en philosophie, mais aussi en candidature en droit ; comme sil avait délibérément cherché à augmenter sa charge de travail pour, à défaut de trouver loubli, ne pas avoir trop de temps pour songer à son frère mort.
Après une année où lon imagine que le souvenir lancinant de laîné na pas dû le quitter, une année de souffrance, mais aussi sans doute de solitude ( il ne voit plus ses amis, et pour la première fois de sa vie, il est privé de la présence de Paul) ; il abandonne la philosophie (où il venait pourtant de réussir en seconde session avec distinction sa première candi) et le droit, mais ce changement radical ne suffit sans doute pas à lapaiser, puisque maintenant il " se destine à la "médecine des pauvres" ", entreprenant à la fois une candidature en sciences et une autre en médecine. Or ce faisant, ne prend-il pas symboliquement (à ses yeux et à ceux de ses parents) la place du frère mort, qui était en sciences naturelles lui aussi ? Dautre part, peut-être cherche-t-il à " expier " la culpabilité quil peut ressentir de navoir pu sauver son frère en apprenant comment à lavenir sauver dautres vies
Il serait certainement intéressant dexaminer, dans une optique un peu psychanalytique, ce quil dit de cet événement dans ce qui nous reste de sa correspondance,. Quelle était exactement sa relation avec son frère ? La proximité de chaque instant dans leur enfance, puis leur adolescence, ne faisait-elle pas deux des presque jumeaux ? Quelle incidence la disparition de son quasi-double a-t-elle eu sur Fernand ?
Quoi quil en soit, tous les espoirs politiques et humanistes du père étaient désormais reportés sur le cadet.
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On ne saurait dire, à la lecture des Rapports sur les années académiques de 1877 à 1884, qui malheureusement nincluent que les noms des étudiants qui ont réussi (avec les villes de résidence et grades obtenus), quelles étaient ses matières de prédilection. De plus, comme nous navons trouvé aucune trace de ses copies, travaux ou feuilles de notes (les Archives de lULB ne semblent pas conserver de tels documents), nous ne saurons sans doute jamais sil a toujours pris ses études à la légère, sil ratait la plupart de ses examens ou bien sil butait toujours sur les mêmes, et si oui lesquels ; ou simplement sil ne les présentait pas. De tels renseignements nous permettraient de nous faire une idée de son rapport aux études. Cependant, nous savons quil était un " élève assidu et même enthousiaste des bons professeurs " , mais que par esprit dindépendance intellectuelle " il disait son fait à tel ou tel professeur auquel lopinion reprochait de ne pas sélever jusquà la médiocrité officielle ".
Nous ne pouvons donc, en raison de ce manque dindices, quéchafauder des hypothèses plus ou moins gratuites sur cette incapacité à faire aboutir ses études. Peut-être regrettait-il davoir modifié lorientation de ses études ? Surtout quil fait cela après avoir réussi, pour la seule et unique fois de ses études, une de ses candidatures ? Ou bien faut-il incriminer le fait quavant luniversité, il na connu que des professeurs particuliers (son père ou un précepteur) et quil ait eu dautant plus de difficultés à sadapter au fonctionnement des cours ex-cathedra ? Était-il de santé fragile ? Avait-il du mal à vivre loin du foyer parental (selon sa future épouse Neel Doff, sa mère lavait beaucoup " couvé ") ? Ou encore se peut-il que le poids du frère mort lait empêché de se sentir vraiment à laise dans une discipline qui était celle de Paul avant de devenir la sienne ? Ce serait compréhensible, vu lhypersensibilité dont on la souvent gratifié. Sans doute aussi était-il depuis longtemps taraudé par le projet de créer une revue, et devait-il consacrer une partie conséquente de son emploi du temps à rechercher des collaborateurs, un imprimeur, des fonds pour le lancement La vérité est sans doute quelque part à lintersection de toutes ces hypothèses.
En tout cas, il est peu vraisemblable quil ait suivi plus de quelques cours lors de sa
dernière (et huitième !) année de candidature, et encore plus improbable quil se soit présenté aux épreuves ; vu quil lance La Société Nouvelle le 20 novembre 1884 ce nom fait référence au titre dun ouvrage de Colins , quil dirigera pendant douze ans, jusquà ce que ses successeurs changent son nom en LHumanité Nouvelle.
Pendant ses années détudes à lULB, il avait vécu comme un fils de famille bourgeoise, très à laise financièrement (mais tout aussi généreux vis-à-vis de son entourage), profitant de la vie en se cultivant, fort apprécié de ses condisciples (" demblée des camarades le prirent pour chef de file " ). Cette époque aura été pour lui une période privilégiée de sa construction intellectuelle, celle où il pût approfondir ses connaissances en littérature, sintéresser à leffervescence culturelle et artistique qui bouillonnait à Bruxelles et se passionner pour les questions sociales qui agitaient son temps ; mais aussi acquérir une réelle maturité au travers de la douloureuse épreuve citée plus haut.
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Au printemps 1882, il rencontre dans un atelier dartiste bruxellois une jeune immigrée hollandaise de trois ans son aînée, une pauvresse tombée dans la prostitution à seize ans pour nourrir sa famille et qui pour linstant travaille comme modèle pour des peintres (notamment Georges Lemmen, qui sera témoin à leur mariage) ou des sculpteurs (Paul De Vigne) avec qui il lui arrive davoir des aventures. Il sagit de la future romancière Neel Doff.
Demblée, il saura la séduire par son physique à la fois frêle et charmant. Voici comment une des dernières biographes en date de Doff décrit : " Quelle chevelure souple et abondante ! Un collier encadre le visage ovale aux traits fins. Le profil est plus acéré. Le nez, plutôt aquilin. Et les yeux un mélange de vert, docre, de brun très clair. La silhouette est mince, élancée ; paraît un peu fragile. Ce qui intrigue Neel, cest ce mélange de ferveur et de fragilité qui émane de lui ; cet alliage de concentration nerveuse et de légèreté rêveuse. Car le jeune homme paraît planer, avec ses longues mains voltigeantes ". Selon Georges Eekhoud, il resta toute sa vie durant " dune beauté quasi apostolique ", même quand la maladie le vaincra quelques années plus tard.
Issus de milieux on ne peut plus opposés, ce sont leurs idées sur le devenir de la société qui les font se rejoindre et se compléter admirablement Fernand et Neel. Il a de la misère une connaissance toute théorique, façonnée par ses lectures mais aussi très certainement par ses conversations avec son père sur ses années de privations. Au contraire, Neel (qui à cette époque se prénomme encore Cornéllie-Hubertina, ou plus simplement Cornéllie, forme francisée de Cornelia, son prénom originel) a de lindigence et du dénuement une expérience on ne peut plus directe. La majeure partie de sa vie sest déroulée dans les bas-fonds dAmsterdam, elle en donne dailleurs un aperçu frappant dans les deuxième et troisième pans de son uvre maîtresse, la trilogie romanesque, à caractère fortement autobiographique, constituée par Jours de famine et de détresse (1911) pour lequel elle obtient trois voix au Prix Goncourt , Keetje (1919) et Keetje trottin (1921) qui clôt la trilogie mais relate en fait ses années de jeunesse. Dans le second volume, elle transpose sa relation avec Fernand dans lhistoire damour dune prostituée et dun jeune homme de bonne famille sensible aux idées socialistes (André).
Selon son biographe, Éric Defoort, lappartenance de Doff à un milieu misérable nest pas pour rien dans lattachement que Fernand lui porte : " Brouez liefde voor Doff individualiseert en concretiseert mede zijn algemeen maatschappelijke en theoretische liefde voor de lijdende klasse ".
Fernand jouera vis-à-vis delle le rôle dun Pygmalion, corrigeant son orthographe, reprenant sa diction gâtée par un accent populaire, lui faisant découvrir les théoriciens importants de leur époque, affinant ses goûts en arts, lui révélant même les plaisirs de la gastronomie. " Nul doute quà cette époque Neel Doff nait rencontré en sa compagnie les grands écrivains du moment, Lemonnier, Verhaeren, Eekhoud, quon retrouvera tous, quelques mois plus tard, au sommaire de la SN. Des artistes aussi : Georges Minne, Charles De Groux ", et des politiciens.
Grammaire, géographie, histoire : tout est à faire ou à refaire. Il lincite même à sinscrire aux cours de déclamation (que Fernand avait suivi en 1879-1880) et de maintien du Conservatoire de Bruxelles. Elle se débrouille plus que bien et ses progrès sont remarquables. Désormais, sa maîtrise du français est suffisante pour quelle ose se lancer dans la traduction littéraire, dès 1885, avec une lettre de Multatuli qui paraîtra dans la SN.
On peut se demander quelle " contrepartie " Neel pouvait apporter à Fernand, outre lorgueilleux plaisir quil devait ressentir à lidée que cest à lui quelle devait davoir pu développer aussi pleinement ses talents et dons.
Il est probable que, à lun ou lautre moment de leur relation, Neel a du représenter pour Fernand une " porte de sortie " pour se soustraire au puissant ascendant parental (il lui est arrivé au moins une fois de reconnaître devant Neel quil ne sétait jamais senti maître de choisir sa propre voie, quil navait fait que suivre celle défrichée pour lui par son père, et ce notamment sous lépée de Damoclès dun chantage financier).
En outre, si on se fie à l'affirmation certes pas très étayée de Évelyne Wilwerth qui dit que " Neel fut très probablement la première femme que Fernand connut ", et si on garde présente à lesprit la vie tourmentée quelle connut dans ses jeunes années, on est peu à peu amené à penser quelle a pu incarner à ses yeux ces deux continents inconnus quil brûlait dexplorer : celui de la gent féminine et celui dune réalité sociale dont il naurait jamais quune connaissance indirecte.
Car, contrairement à son père ou à Neel, qui avaient connu la misère et trouvaient dans leurs souffrances passées de quoi motiver leur combat, qui pour son idéal social et politique,
qui pour sa reconnaissance par le monde des lettres ; Fernand nous semble être resté surtout guidé par son éducation.
Cette inaptitude, cette difficulté à saisir la réalité qui lentoure, est confirmée par ses proches et par ceux de ses collaborateurs qui lont le mieux connu. Parmi ces derniers, Hubert Krains nous dresse le portrait dun être sensible, qui " semblait ne tenir par rien aux choses réelles ", bien que professant des idées socialisantes censées a priori le prédisposer à lécoute des réalités, des besoins et des attentes des plus miséreux.
Au nombre des qualités que tous lui reconnaissent, certaines sont citées plus souvent : optimisme, grande érudition, puissante capacité de travail, réelle abnégation (nhésitant pas à négliger son uvre dessayiste que daucuns jugent de qualité, quoique peu abondante pour passer plus de temps à promouvoir les écrits dautrui à travers La Société Nouvelle ), foi inébranlable en lavènement dune société meilleure ; tous traits de caractère qui nous font voir en lui un réel humaniste.
Entre temps, Fernand a lancé ce qui restera aux yeux de tous son principal titre de gloire : le mensuel La Société Nouvelle, mais quand on sait le caractère ferme et dirigiste de son père, Jules, dont nous ferons état plus loin, on peut se demander si linitiative lui est bien personnelle ou si elle ne lui a pas plutôt été suggérée par celui-ci. Peu importe finalement, ce qui est certain, cest que cest bien le fils qui sinvestit totalement dans cette revue, pour laquelle il lui faut " se tenir au courant du mouvement scientifiques et littéraire , lire force manuscrits, ( )[assumer] la correspondance et la direction matérielle " ; laissant son père à ses obligations de notaire. Plus important, cest sans doute en bonne partie à Fernand et à James que lon doit le fameux pluralisme quon retiendra comme la " marque de fabrique " de la SN, pluralisme quil concevait comme un instrument privilégié de la propagation de son idéal humaniste, quil ne pouvait accepter de voir réduit à sa seule forme colinsiste.
Dailleurs, daprès ce que nous avons retenu de la lecture de ses articles et chroniques, Fernand Brouez na jamais cherché à soctroyer le rôle darbitre des élégances intellectuelles et des tendances progressistes : il est tout dévoué à lémergence et à la confrontation des idées nouvelles. Nous sommes donc davis que la SN fut incontestablement de ces revues dont on a pu dire que leur " caractéristique première, fondamentale ( ), cest dêtre lexpression dune passion, parfois la passion dun seul individu ".
De par son histoire personnelle, Fernand convenait particulièrement au poste de directeur dune revue ouverte à toutes les disciplines et tendances : ses études prolongées lui avaient laissé beaucoup de temps pour sintéresser à toutes sortes de choses. Incomplètes et inachevées, elles présentaient toutefois lavantage de lui avoir donné des rudiments dans des domaines très divers : droit, philosophie et sciences ; ce qui était sans doute peu courant. Cet éclectisme ne fut sans doute pas pour rien dans la sympathie que lui vouèrent nombre de collaborateurs de la SN. Parmi eux, les écrivains Eekhoud, Verhaeren, Maeterlinck, Krains, Demolder ou Maubel devinrent même ses amis.
Mais revenons-en à sa relation sentimentale avec Neel Doff. Pendant les premières années, il nest pas question pour Fernand de vivre à deux ; sils sont tous deux domiciliés à Ixelles, lui lest au 9 rue dItalie et elle au 87 rue Braemt. Il cache même à ses parents pendant plusieurs années lexistence de cette liaison, et continue à habiter dans leur maison de Wasmes. Ce nest quen 1891 quil accepte de leur présenter Neel, peut-être sur la pressante insistance de cette dernière. Lors de la première rencontre, seule la mère est présente pour la recevoir, Jules ayant préféré sabsenter. Rapidement, lantipathie naît de part et dautre, deux clans se forment, une bataille sengage dont lenjeu est la possession de Fernand. La misogynie de Jules Brouez, conjuguée à son opposition de principe au mariage (bien quil soit lui-même marié), lui avait fait émettre très tôt lopinion que les affaires de cur de Fernand pourraient nuire à la plénitude de son engagement social. Cette hostilité sourde, ajoutée à la possessivité de la mère, transforment les parents de Fernand en ennemis plus ou moins déclarés de son union avec Neel. Il faut croire dailleurs que leur influence a un poids certain aux yeux de leur fils, car bien quil connaisse Neel depuis près de dix ans, quelle ne fréquente plus aucun autre homme depuis 1885, il lui faudra encore cinq autres années pour lépouser.
Mais comment vit-elle tout au long de ces années ? Sans doute est-ce Brouez qui subvient entièrement à ses besoins, à moins quelle nait continuée ses séances de pose chez des artistes bruxellois, après sa rencontre avec Fernand Brouez ? Ou sest-elle lancée professionnellement dans la traduction de textes depuis le néerlandais, une fois quelle a su maîtriser le français ? Les registres de recensement décennal dIxelles, quant à eux, la classent dans la catégorie des rentiers, peut-être parce que " femme entretenue " nentrait pas dans la classification des professions de lépoque ?
Le 14 février 1893, lors dune visite à son frère Jean Hubert qui habite Amsterdam, Neel accepte de recueillir sans pour autant entamer une procédure dadoption un de ses nombreux enfants, Johannes Hubertus, âgé de quatre ans. Il lui plaît beaucoup, et Fernand, pas très enthousiaste au début, finit lui aussi par tomber sous le charme du petit garçon. Avec Neel, ils se feront une joie de léduquer, lui apprendre le français Ce bonheur ne durera guère, pourtant. La belle-sur de Neel lui réclame de largent pour lui laisser définitivement la garde de lenfant, celle-ci cède dans un premier temps puis finit par refuser tout net. Jean Hubert essaiera même de venir reprendre son fils, mais repartira bredouille. Ce conflit trouvera sa conclusion quand, le 19 juin 1895, Johannes part rendre visite à sa famille. Il ne reviendra pas et Neel ne le reverra jamais plus.
Cest au terme dune liaison atypique de près de quinze ans, pendant laquelle ils nont pratiquement jamais vécu ensemble, si ce nest dans la maison quils loueront chaque été entre 1890 et 1896 année de leur mariage sur lîle zélandaise de Walcheren, à Domburg, (où Fernand vient régulièrement retrouver Neel quand la gestion de la Société Nouvelle lui en laisse le loisir, souvent rejoints par les amis du couple : Lugné-Poe, Henry Vandevelde), quil lépousera le mardi 1er décembre 1896, à la maison communale dIxelles.
Le mois suivant paraîtra le dernier numéro de la SN, dans lequel aucun article nest consacré à faire le bilan des douze années, ni à expliquer les raisons de cette cessation de parution. Cette mise à mort du journal était-elle planifiée dès avant leur union, Fernand préférant désormais se consacrer à son foyer et, pour une dernière année, à son cours à lUniversité Nouvelle? Ou bien cela correspond-il à laggravation de son état de santé qui survenu lannée précédente ? (voir infra)
On ne sait trop non plus qui a choisi de précipiter le mariage. " Ont-ils pris cette décision ensemble ? De commun accord ? ( ) Fernand a-t-il poussé Neel au mariage pour quelle devienne héritière ? ( ) dans ce cas, il aurait tourné le dos à ses parents et aurait pris le risque de se voir déshérité Ou Neel aurait-elle réussi à le convaincre, malgré lhostilité de ses parents ? Rêvait-elle dun mariage bourgeois ? ( ) Neel devait redouter de se retrouver seule, sans sécurité financière ". Ou bien auraient-ils eu le projet davoir un enfant, ce qui à lépoque ne pouvait se concevoir hors des liens du mariage, pour en quelque sorte " remplacer " le petit Johannes auquel ils sétaient attachés ?
Bizarrement, le mariage na rien changé à leur mode de vie, ils habitent toujours séparément : Neel, rue de Stassart ; et Fernand, rue dÉdimbourg, au 18. Ce nest quà partir du 25 mai 1897 quils emménagent à Wasmes, chez les parents de Fernand. Mais déjà, le 26 juillet à cause de lanimosité de la mère pour sa bru ? de la misogynie du père ? par besoin dindépendance et dintimité du jeune couple ? ils reviennent habiter lancien domicile de Fernand, rue dÉdimbourg. Enfin, le 14 octobre, Fernand part sinstaller seul ? Neel venant le rejoindre occasionnellement ? au 282 de la chaussée de Vleurgat. Ce qui fait que sur les trois ans et sept mois qua duré leur mariage, personne ne peut affirmer quils aient vécu ensemble plus de cinq mois, y compris les deux mois où ils nétaient dailleurs pas réellement chez eux mais occupaient seulement une partie de la demeure familiale des Brouez ; ce à quoi il faut tout de même ajouter les voyages quils ont faits dans le midi et à Paris, mais dont on ne connaît pas avec exactitude la durée totale. Ces données peuvent inciter à se poser des questions sur lentente qui régnait dans le couple.
Cest durant lannée académique 1897-98 quil met un terme à ses fonctions de professeur à lUniversité Nouvelle de Bruxelles (35, rue Ernest Allard), où il avait pendant quatre ans soit depuis la scission avec lUniversité Libre dispensé un cours intitulé " La question sociale ". Cette décision, suivant dun an celle darrêter la revue, est à corréler avec une dégradation pénible de son état de santé déplorable, consécutif à une vieille syphilis dont les premiers signes perceptibles datent de 1891, mais que Ivo Rens fait remonter à lépoque où il cessa ses études, soit près de sept ans plus tôt. La maladie se fait plus virulente à partir de 1896 et le met au supplice, ce qui est une possible raison de son mariage précipité : Fernand sentant sa fin prochaine ne voulait pas que Neel fut démunie lorsquil décéderait.
Une des biographes de Neel Doff, Évelyne Wilwerth, émet deux hypothèses sur lorigine de cette maladie. Il sagirait soit et cest la possibilité quelle privilégie dune transmission par voie sexuelle, probablement via Neel qui comme prostituée avait été à mainte reprises exposée au risque de contracter la syphilis ; soit dune " piqûre anatomique " (dite aussi " accident anatomique "), expression par laquelle on désignait à lépoque une contamination survenant lorsque dans dune opération lépiderme (dun patient ou dun clinicien) était accidentellement incisé avec un instrument infecté, ce qui aurait pu arriver à Fernand dans le cadre de ses études en médecine.
Il est à six semaines de son quarantième anniversaire quand la mort le surprend, le 3 juillet 1900 à cinq heures du matin. Il sera enterré au cimetière dIxelles " par une matinée ensoleillée comme il les aimait tant ", sans discours (comme il lavait demandé), à la concession n°128 de lAvenue n°5, où étaient déjà enterrés son frère et son père.
Nous ne savons pas sil avait rédigé un testament, et en ce cas qui en étai(en)t le(s) bénéficiaire(s) : son épouse seule, ses parents, eux trois ? Il semblerait en tout cas que Doff ne se soit pas retrouvée (totalement) dans le dénuement : "Brouez stierf in 1900, zijn vrouw achterlatend als rijke ". Or, il ne pouvait guère sagir dargent accumulé par le travail de Doff : à lépoque, elle na pas encore sorti de livre, et ne peut guère avoir amassé énormément dargent rien quavec ses éventuelles contributions à des revues ou ses traductions pour la Société Nouvelle. Mais dun autre côté, quand on voit comme elle est pressée de se remarier (dix mois après la mort de Fernand, avec lavocat anversois Georges Sérigiers), ne peut-on se dire quelle nétait peut-être pas financièrement si à laise que ça ?
Un mystère subsiste. Le registre des inhumations de lannée 1900 nous apprend que Brouez est décédé au 30 de la rue de lAbbaye, demeure bordant un parc commun à plusieurs propriétés, au nombre desquelles la maison du 282 chaussée de Vleurgat où habitait Fernand ; or nulle part nous navons trouvé de renseignement quant à ce quil pouvait faire à une heure aussi matinale dans cette demeure où vivait " J. Vaes de la firme Hulet, A ".
Peut-être, lors dune promenade nocturne dans le parc, a-t-il été pris dune crise plus aiguë que les autres qui la empêché de rentrer chez lui. On peut alors imaginer quil se soit traîné jusquà la maison la plus proche et quil ait réussi à réveiller les occupants pour quils appellent un médecin. Au cas où cette hypothèse serait vraie, on pourrait au moins en conclure que la syphilis navait pas généré de paralysie chez Fernand, ou bien uniquement de manière intermittente. Mais cette maladie est également susceptible dentraîner la folie, et là on ignore quel était exactement son état mental dans les jours qui précédèrent son décès.
Il est à noter que, parmi les articles nécrologiques que nous avons consultés, personne ne mentionne la nature de la maladie qui a emporté Fernand. À titre dexemple, Élie Reclus est ou bien très mal informé ou alors pratique la langue de bois, quand il dit qu" il sest épuisé à la tâche, il est mort de fatigue, peut-on dire, de fatigue physique, intellectuelle et morale ". Cette remarque vaut pour Hubert Krains, autre fidèle collaborateur de la revue, quand il écrit : " Sa vie fut un modèle dactivité et il fallut la mort brutale pour larracher à son travail et à ses espérances ". On sent bien quun tel tabou pèse sur cette maladie quon nose même pas la nommer.
Plusieurs biographes de Neel Doff (Wilwerth, Pierson-Piérard) considèrent que Keetje est une uvre fortement autobiographique. En fait, le sentiment de véridicité du roman est
soutenu par un ensemble de faits que, sous réserve de menus changements, on sait être une simple transposition de la réalité (la maison de vacance sur lîle de Walcheren p. 217 , la présence du neveu recueilli p. 219 qui certes dans le roman sappelle Wimpie, etc.), mais ces éléments suffisent-ils à conclure que ce livre est entièrement autobiographique ?
5.1.2 Les autres secrétaires de rédaction
Arthur James
Dorigine anglaise, ce fils dun professeur dhistoire de littérature (anglaise, grecque, latine et comparée), de langue (latine) et dhistoire (antiquité grecque, histoire moderne) de la Faculté de Philosophie de lUniversité de Bruxelles, Edouard James, est né à Bruxelles le 11 mars 1861, soit cinq mois avant Fernand Brouez. Comme pour Brouez, nous ne savons rien de son enfance et les premières traces qui nous restent de lui remontent à ses études universitaires quil inaugure en 1878, un an après Fernand, à lâge de dix-sept ans. Nous pensons néanmoins discerner une similitude dans la vie des deux complices : ils ont eu un père à forte personnalité, socialement au faîte, très admiré par leur entourage et dont le savoir embrassait mainte disciplines.
Edouard James, par exemple, était " écrivain, philosophe, linguiste, critique éclairé, jurisconsulte, historien, géographe, ( ) [Il] était une véritable encyclopédie ; son cerveau avait classé les documents dune bibliothèque et lon pouvait à tout instant en tirer dutiles renseignements sur un sujet quelconque " ; il jouissait sans doute aux yeux de sa progéniture dun prestige écrasant.
À la différence de Jules Brouez (voir infra), on ne sait pas si E. James était politisé (et si oui en quel sens), alors que la question ne se pose pas pour Jules Brouez (voir infra). Une autre dissemblance est que nous sommes sûr que léducation de F. Brouez fut le fait de son père et de précepteurs, alors que nous ne savons pas si A. James a fréquenté lécole pendant son enfance et son adolescence.
Si nous ignorons à quel moment de leurs études ils ont pu se rencontrer, on peut en tout cas constater quune partie de leur cursus est commun, mais que durant cette période Fernand précède chaque fois dune année la venue dArthur. En effet, en 77-78, Fernand est
inscrit en candidature en philosophie, alors que cest en 79 quArthur réussit sa première " candi philo " ; en 78-79 Brouez est inscrit en " candi droit ", tandis que cest en 1880 que James passe sa deuxième année de candidature en droit.
En raison des échecs répétés de Fernand, il se peut quils aient fait connaissance lors de cours quils auraient tous deux suivis (pour lesquels Fernand naurait pas eu de dispense et à la condition quils aient été donnés aussi bien à des étudiants de la section de philosophie que de celle de droit); mais cela reste une hypothèse car nous navons pas poussé plus loin nos recherches en ce sens. Quoi quil en soit, il est peu probable quils se soient connus après le début de 1882, vu quArthur oblique alors vers des études de médecine et que Arthur quitte luniversité pour devenir stagiaire au Barreau ; ne perdons toutefois pas de vue léventualité dune rencontre dans un cadre autre que celui des cours (journaux étudiants, cercles, soirées estudiantines, vie associative ).
Il faut encore, par acquis de conscience, mentionner un point commun entre F. Brouez et A. James : le père de celui-ci a dû avoir lami de son fils comme élève, puisquen 1878, il dispensait des cours de " traduction, à livre ouvert, dun texte latin " aux étudiants de candidature en philosophie et lettres. Il faut croire quils ont su charmer Fernand, vu léloge en tout point dithyrambique quil fait de leur auteur, dans la notice nécrologique quil lui consacre : " Il appartenait à la race presque disparue des professeurs artistes ( ). Une érudition colossale jointe à une verve incomparable ( ). Lorsque notre vieux maître entrait, il semblait apporter avec lui de la vie et de la lumière " .
Il serait au plus haut point intéressant de dater et de discerner les tenants et les aboutissants de lamitié qui les lie. Nul doute quelle éclairerait notre connaissance de ces précieux mois de la genèse de la Société Nouvelle, étant entendu que " le principal ferment de laventure revuiste, outre des choix esthétiques communs aux fondateurs, est souvent lamitié ( ), un vrai collectivisme des esprits et des curs " ( ).Dans le même esprit, comme la " dimension collective de la vie des revues ne va évidemment pas sans conflits ni ruptures,
dans lesquels les rapports affectifs prennent parfois une part importante ", il serait très utile de savoir sil y eut une brouille entre Fernand et James, car ce dernier napparaît plus du tout au sommaire de la SN après octobre 1889.
En 1881 et 1882, James obtient successivement ses premier et deuxième examens de doctorat, pour être reçu docteur en droit le 3 août 1882 avec " la plus grande distinction " (selon Léon Vanderkindere). Il sétait toujours montré un élève brillant (distinction pour sa candidature en droit en 79 et pour celle en philosophie et lettres en 80).
Le 16 août, il prête serment et le 28 octobre il est accepté comme avocat stagiaire auprès dEdmond Picard.On ne sait trop sils ont fini par se lier damitié ou sils nont eu que des relations professionnelles. Notons que cest James qui présentera Eugène Demolder (qui lui succédera à la direction du Palais) à Picard.
À la date du 21 septembre 1885, on trouve mention de linscription de James comme avocat au Barreau de Bruxelles. À peu près à la même époque, nous savons quon peut le contacter au 10, rue de Luxembourg, à Ixelles, mais nous ignorons sil sagit de son domicile ou éventuellement des bureaux où il officie ; mais nous penchons pour la seconde, car nous navons pas trouvé sa trace dans les archives de la commune dIxelles qui pourtant recense tous les habitants de lentité.
Dès ses tous débuts, encore assistant dEdmond Picard, la vie du Palais de Justice de Bruxelles le marque profondément, au point quil en fera la relation sous forme de descriptions alertes dans ses Esquisses judiciaires, initialement publiées en revues, dabord dans le mensuel Le Palais, organe des conférences du Jeune Barreau de Belgique, et puis surtout dans le bihebdomadaire Journal des Tribunaux ; avant dêtre recueillies en volume trois ans plus tard sous le titre Toques et robes : Esquisses judiciaires.
Le personnage qui assurément occupe les pensées de James dans ces Esquisses est celui du jeune avocat stagiaire, derrière lequel se cache bien sûr lauteur lui-même. Sa vie nest pas toujours des plus agréables : " Dans quelques temps, on retrouve le stagiaire important, désillusionné, morose, pleurant ses errements passés, et voyant enfin combien la pente du succès est lente, lente à gravir ", avec parfois des remarques désabusées et peut-être cyniques : " Perdre son procès ! ( ) Pour lui, cest leffondrement de ses illusions ! Linfortuné ! Comme si la vie elle-même nétait pas un procès quil sagit de perdre ou gagner, quil vaut mieux gagner, il est vrai, mais dont le résultat doit nous laisser froids et presque indifférents ".
Il est aussi beaucoup frappé, semble-t-il, par lassortiment chatoyant des divers spécimens populaires qui se pressent au Palais, qui pour un litige, qui pour répondre à des accusations, qui pour assister au spectacle judiciaire ; et dont il dresse un tableau haut en couleurs : " Ils sont là, bien une vingtaine, presque toujours les mêmes : Gavroche des Marolles aux souliers éculés, au brûle-gueule culotté ; héros de cabarets borgnes, ou réfractaires de latelier. ( ) On se pousse, on crie, on gesticule, tandis que la fumée du tabac à deux sous s'élève en colonnes grisâtres au-dessus des casquettes multiformes ". Aucun des acteurs de la vie du palais néchappe à son observation : le juré, lavoué, le client
De manière générale, il se montre plutôt ironique, si ce nest à l'égard de linstitution judiciaire elle-même, en tout cas vis-à-vis de certains de ses rouages (pour nen citer quun, qui nous a marqué plus que dautres : ce bourgeois imbu de sa fonction de juré, qui assiste au procès comme sil sagissait dune pièce de théâtre et ne se sent pas plus de responsabilité quun simple spectateur ; pour finalement, dans le doute, juger plus prudent de condamner linculpé !) ou de ses rituels (assimilant les avocats prêtant serment à des premiers communiants).
Tout comme son beau-père Victor Arnould, avocat bruxellois, homme politique libéral de renom, publiciste et écrivain, Arthur James a lui aussi de multiples activités extra-juridiques : il est homme de presse, officiant à divers postes : journaliste, secrétaire de rédaction , tout en jouant à lécrivain (chroniqueur, dramaturge et même poète).
Très tôt attiré par le monde de la presse, il a commencé à publier déjà du temps de ses études : " les dernières réapparitions passagères de lÉtudiant sont dues à MM. Charles de Tombeur, Arthur James, Luc Malpertuis et Fritz Rotiers ".
Entre décembre 1880 et novembre 1881, il réservera une partie de sa production celle qui a des prétentions artistiques (les nouvelles, une pièce) à la Jeune Revue Littéraire, et (de 1882 à 1885) à sa continuatrice La Jeune Belgique.
On lui doit aussi quelques articles parus dans LArt moderne, et au moins deux dans lhebdomadaire liégeois du samedi, Caprice-Revue (périodique fondé en 1887 par Armand Rassenfosse, Auguste Donnay, Émile Berchmans et Maurice Siville).
Précédemment, il avait déjà manifesté sa présence dans les sommaires de léphémère La Basoche, Revue Littéraire Artistique, ce dont il semblera garder un agréable souvenir. Il participa aussi, tout comme F. Brouez, à la Revue Artistique : Beaux-arts, Littérature, Musique, Arts Industriels, entre 1882 et 1884 ; mais aussi au mensuel La Renaissance : Revue Littéraire, Artistique & Scientifique.
Il nest pas non plus resté étranger à lunivers de la presse quotidienne : cest ainsi quil a été un temps rédacteur à La Nation, journal radical dirigé à lépoque par son beau-père, V. Arnould, qui lavait fondé en octobre 1885.
Il assumera également la fonction de directeur de revues à caractère juridique, prônant la ""littérature judiciaire "", fort en vogue du vivant de James, et sujette à un engouement auquel certaines uvres de Picard nétaient certainement pas étrangères. Citons par exemple Le Journal des Tribunaux, ou Le Palais, " qui traînait depuis des années une vie languissante, reçoit, sous la direction davocats-littérateurs comme James, Fuchs, Demolder, Courouble, une impulsion qui va bientôt effrayer et mécontenter des gens de robe, attachés obstinément aux traditions ".
Entre 1884 et 1889 (année de la parution de son second livre), il est secrétaire de rédaction de La Société Nouvelle (mais le lectorat de la revue le connaît surtout pour ses critiques musicales, et surtout théâtrales et littéraires, rubriques dont il soccupe en alternance avec F. Brouez ; ainsi quune autre intitulée " Hommes et choses " qui constitue une sorte de
billet dhumeurs).
Il est généralement admis quil est un des deux fondateurs de la SN, car dans le premier numéro de la SN, Brouez et lui sont tous deux gratifiés du titre de secrétaire de rédaction (nous pouvons tout de même supputer une certaine prééminence dans le chef de Fernand, puisque cest son père qui paie les factures de la revue). La position de co-fondateur de James est en tout cas confirmée par un article de François de Nion, dont la section consacrée à notre revue souvre par ces mots : " La Société Nouvelle, lancée par MM. F. Brouez et A. James ", mais cela implique-t-il quil en ait aussi été le co-directeur ? Et à partir de quand ? Raymond Trousson dit quil nest devenu co-directeur quaprès avoir été secrétaire de rédaction.
Quapporte-t-il à la SN, en tant que rédacteur ? En cherchant bien, on se rend compte quil est plus passionné de littérature que de question sociale (contrairement à Brouez, qui écrit sur les deux matières), et le plus souvent ses articles sont des critiques de livres ou de pièces. Son intérêt pour le domaine des lettres déborde les colonnes de la revue, puisquil donne aussi des conférences sur le sujet.
Quant à ses opinions politiques, nous ne savons trop quelles étaient ses convictions : peut-être sest-il converti au socialisme rationnel de Colins, pour peu que la compagnie de Fernand et peut-être de Jules ? Brouez lait amené à sintéresser à cette doctrine. Mais nous sommes peu porté à le croire : en effet, nous navons rien trouvé sur lui dans les ouvrages sur le colinsisme ; et par ailleurs, il ny a pas de lettre de lui dans linventaire du " fonds Raffin-Tholiard " (colinsisme) des AGR, qui en compte pourtant dà peu près tous les colinsistes qui naviguaient dans les eaux de la Société Nouvelle.
Sa fiche dinscription au Barreau de Bruxelles indique quil est parti sétablir à létranger à partir du 6 septembre 1893, mais nous ne savons ni où, ni pour combien de temps, ni quelle fut la raison de ce départ (entre parenthèses, la consultation de cette fiche laisse penser que James avait de manière générale peu attiré lattention de sa hiérarchie au Barreau, que ce soit en bien comme en mal, vu que les sections " Honneurs " et " Peines " sont restées aussi vierges lune que lautre), et nous manquons par trop déléments pour émettre quelque hypothèse que ce soit à ce sujet. Nous ignorons de même sil était accompagné dans son exil de son épouse, la fille de Victor Arnould. Ce départ serait-il en quoi que ce soit lié aux plaintes contre James portées sur sa fiche dinscription au Barreau de Bruxelles ? Voici la mention qui sy trouve, dans la partie Relevé des affaires soumises au conseil : " Dans les affaires du cabinet du bâtonnier, il y a deux plaintes à M. James. Voir 1893-94 (G et S)".
Comme piètre élément de compréhension de lénigme de son départ, signalons malgré tout quil avait perdu au moins une attache importante qui le liait à la Belgique, en la personne de son père, décédé quelques années plus tôt, au milieu de lannée 1888 (et pour ce qui est de la mère, nous en ignorons tout, tout comme plus généralement nous ignorons tout des relations quArthur entretenait avec ses parents). Quoi quil en soit, après cet exil, on nentendra plus parler de lui. Serait-il mort jeune, comme F. Brouez ?
Revenons plutôt à son activité décrivain, qui fut peut-être la plus réduite quantitativement de toutes celles quil entreprit, surtout si on exclut de ce registre ses critiques et chroniques journalistiques, dont on ne peut légitimement pas affirmer quelles contribuèrent à constituer une véritable uvre littéraire.
Nous navons trouvé trace que de deux livres dArthur James. Il sagit, en 1885 , de
Toques et robes : Esquisses judiciaires, une chronique désillusionnée de la vie du Palais de Justice de Bruxelles, dédiée à Edmond Picard et illustrée par Amédée Lynen (remplaçant au pied levé Fernand Khnopff, initialement prévu), qui lui vaudra un papier élogieux de Fernand Brouez dans la SN n° 8 de juin et une critique positive dÉmile Valentin dans le Journal des Gens de Lettres Belges du 15 juin 1885. Certains estiment néanmoins que cette uvre doit beaucoup à un livre de Edmond Picard : " M. Arthur James névitera sans doute pas le reproche davoir fait de ses esquisses une sorte de satellites des Scènes de la Vie judiciaire ".
Ensuite, il y aura À travers la morale. Honnête plus quhonnête, son premier roman sorti en volume, en août 1889 (après que quatre extraits en furent parus dans la SN entre décembre 1888 et mars 1889), quil dédie à son ami F. Brouez. Mais il nen était pas à sa première tentative dans le domaine romanesque. Près de dix ans auparavant, il sétait déjà essayé à conter le Roman dun stagiaire, dont un extrait (Le premier client) était paru en mars 1881 le mois de son vingtième anniversaire dans La Jeune Revue Littéraire ; et un second morceau (Ab Ovo) un an plus tard, dans la revue qui lui succéda (La Jeune Belgique), où il en publiera encore un troisième et dernier fragment (Homo homini lupus), en janvier 1885.
Est-ce que ce roman est resté inachevé, est-ce quil na pas pu ou voulu le faire paraître intégralement, en était-il insatisfait ? Tout cela est bien possible, car noublions pas quil sagit là dune uvre de jeunesse.
Mais dailleurs, les (éventuelles) pages inédites de ce Roman nont peut-être pas été perdues pour tout le monde Pour son auteur par exemple : ne se pourrait-il pas quil les ait réutilisées pour ses Toques et robes : Esquisses judiciaires ? Ces dernières, nous lavons vu, reposent principalement sur la description des soucis et des états dâme de larchétype de lavocat stagiaire selon Arthur James Max Waller, sans aller jusque là, perçoit les rapports qui unissent ces deux uvres : " Ce que je demandais à ton fameux Roman dun stagiaire, je le retrouve dans ces Toques et robes " .
Profitons de ce que nous nous référons à lui pour exposer le point de vue très louangeur de Waller (développé dans un article en forme de lettre ouverte à Arthur James) sur les qualités littéraires de celui quil connaissait depuis La Jeune Revue Littéraire, quil avait pris sous son aile et avec qui il avait noué une solide amitié (ne finit-il pas son article en lappelant " mon vieux camarade " ?) : " Je viens de lire dun seul trait ton livre, mon cher James, et jy ai trouvé cette "psychologie en profondeur" que je cherchais ( ). Certains chapitres ( ) sont dune adorable modernité ( ) tu seras toujours plus écrivain fantaisiste que grave pandectophile ( ) ton émotion déborde en phrases tristes qui sont comme la plainte de lâme altérée ".
Waller est persuadé que cest son labeur davocat qui vole à James le temps nécessaire pour construire une uvre profonde et unique : " le Droit ta mangé le sang ; sous la férule du diable dEdmond Picard, ( ) tu as dû piocher, sarcler, ensemencer le champ de ton avenir ( ) tandis que tu défendais la veuve sans argent et lorphelin sans gratitude, tu regardais sournoisement ton encrier qui te faisais risette ". LArt Moderneest sensiblement plus réservé, jugeant que ces Esquisses avaient toutes leur place dans une revue, mais pas dans un livre, ce dont il fait le reproche à léditeur (Larcier), mais sans en tenir nulle rigueur à lauteur ! La revue de Edmond Picard finit sa critique sur un encouragement : " À luvre, maintenant, pour écrire un vrai livre ".
Un autre " Jeune Belgique " qui sest intéressé à luvre littéraire de A. James est Henry Maubel, mais cette fois-ci avec nettement moins denthousiasme que Waller. Honnête plus quhonnête, surtitré À travers la morale, raconte selon lui " la vie dun homme moyen dintelligence et de caractère, sans esprit, sans passions, réfugié à la campagne par dégoût du monde ". Bien quil qualifie James de " lettré pur et indépendant ", Maubel juge que " la pensée abstraite le domine, léloignant de la matière, de la sensation de vie, de la plastique et décolorant un peu trop son style net ". De plus, il lui reproche de ne pas clairement prendre position par rapport à son sujet : " il est difficile de se résoudre à une affirmation quant au sens de ce livre ".
James fait par ailleurs uvre de dramaturge avec LÉclipse, une comédie en un acte et 17 scènes parue dans le n° 5 de La Jeune Revue Littéraire, en avril 1881, ce qui nous indique que sa rédaction a très certainement été, au moins pour une partie, contemporaine de celle du Roman dun stagiaire. Nos recherches nont pu déterminer si elle a jamais été portée à la scène. Elle met en scène un couple de jeunes mariés en voyage de noces à Ostende et qui se soupçonnent mutuellement dadultère sur base dun quiproquo, dans la plus pétulante tradition vaudevillesque.
Quid de son uvre de nouvelliste ? On est obligé, dans létat actuel de nos connaissances, de la qualifier tout bonnement de quantitativement maigre (Rebecca à la fontaine, Bête de somme). Quant à son travail de poète, dont Gaston Lebrun fait pourtant état dans ses Grandes figures de la Belgique indépendante 1830-1930, nous navons pas trouvé déchantillon. On ne sait donc finalement pas avec exactitude combien de ses uvres sont restées inédites en volumes ou en revues.
Au final, luvre de James nous laisse assez partagé : si sa pièce est légère et agréable à lire, ce sont surtout ses uvres en prose qui sortent du lot, remarquables par la qualité de leurs descriptions, prenantes et hautes en couleurs. Lunivers judiciaire a de toute évidence été pour lui lindispensable terreau de son inspiration, et il a su en explorer de manière variée toutes les facettes, se les approprier et en faire un thème de prédilection tout personnel ; mais cest peut-être ça aussi qui constitue le défaut dominant de son travail décrivain : il na jamais vraiment su sextirper de ce " folklore de la justice ", dont son uvre est finalement restée prisonnière.
Nous ne connaissons pas les date, lieu et circonstances du décès dArthur James.
Gustave Kahn (1859-1936)
Après des études de lettres et dhistoire à la Sorbonne et à lÉcole des Chartes, ce critique dart et poète, ami de Jules Laforgue et disciple de Mallarmé, effectue son service militaire en Tunisie (lOrient est récurrent dans son uvre). " À partir de 1886, il dirige La Vogue, où sont publiés des manifestes et des productions symbolistes. Lui-même, dans la préface de ses Palais nomades (1887), prône la théorie du vers libre dont la double ambition est de permettre des recherches musicales plus complexes et, dautre part, d"écrire son rythme propre et individuel au lieu dendosser un uniforme taillé davance et qui [...] réduit à nêtre que lélève de tel glorieux prédécesseur" ( ) Son uvre (Chansons damant en 1891, La Pluie et le Beau Temps en 1895, Limbes de lumière en 1895, Le Livre dimages en 1897) témoigne " dune langue originale au service dune poésie fluide, ondoyante et coloriée ; termes rares, néologismes, périphrases, alliances de mots, métaphores personnelles juxtaposent concret et abstrait (état dâme et décor) ".
Dans les années 1880, il participe à la Revue indépendante. Il se marie en février 1890 et quitte aussitôt la France pour la Belgique (car sa femme voulait à tout prix conserver la garde de sa fille Lucienne, issue dun précédent mariage), doù il ne reviendra quen 1895.
Celui qui fut avec Jean Moréas un des principaux animateurs de lécole symboliste française dans les années 1880 nassuma des fonctions de secrétaires de rédaction à la SN quentre 1895 et 1896 (mais il en était collaborateur depuis 1892). Pour le temps où il occupa ce poste, il mit à profit ses moments perdus pour livrer ses contributions à dautres périodiques belges, par exemple au Coq Rouge, Revue Littéraire de Demolder pendant ses deux ans dexistence, entre 1895 et 1897.
À partir de 1893, année où il accède au titre de collaborateur du Mercure de France , " il soriente vers le journalisme et la critique dart : il écrit des biographies telles que Boucher (1905), Rodin (1906), Fragonard (1907), Fantin-Latour (1926), faisant la part belle aux hommes de sa propre école avec Symbolistes et Décadents (1902), Silhouettes littéraires (1925), Les Origines du symbolisme (1939). Gustave Kahn a aussi écrit des romans résolument modernistes (LAdultère sentimental , Les Petites Âmes pressées , etc.) et a cultivé le genre mixte : La Pépinière du Luxembourg (poésie-théâtre), Le Conte de lor et du silence (poésie-roman).
Les plus originales parmi ses dernières uvres sont des contes à sujet juif ou oriental : Contes juifs (1926), Vieil Orient , Orient neuf (1928), Terre dIsraël (1933), ayant leur source dans la vague de persécutions antisémites qui affectèrent très péniblement lécrivain ". Mais toute sa vie durant, il restera un homme de revues. Entre 1900 et 1903, on le retrouve au Sagittaire, à La Critique Indépendante ou à La Revue Dorée. Entre 1908 et 1913, dans Isis, Le Centaure, Le Semeur et La Vie.
5.1.3 Le bailleur de fonds
Jules
BrouezNé dans la province du Hainaut en août 1819, à Mons, Jules Eugène Lucien (selon Jean Puissant) ou Julien (selon Ernest Matthieu) Brouez, fils de Prosper Brouez (directeur industriel et membre du conseil colonial de Saint-Thomas du Guatemala pays où fît fortune et descendant dune ancienne famille espagnole qui sétait tout dabord fixée aux Pays-Bas) " est une figure importante de la vie intellectuelle belge du siècle passé " .
Enfant, Jules reçoit une bonne éducation ; mais son père sétant ruiné, il lui faut tôt se placer comme garçon meunier. À notre connaissance, il était enfant unique. Néanmoins, dans lavant-propos de ses mémoires de voyages, son père écrit quil avait " un fils à la Colonie ". Sagit-il de Jules, quil aurait emmené avec lui en Amérique ? Ou dun enfant illégitime né sur place, qui pourrait en ce cas être à lorigine de lunique branche de descendants de la famille Brouez encore vivante actuellement ? Mais ce ne sont que conjectures.
Quoi quil en soit, Jules a pu faire son droit, bien que nous ignorions dans quelle école (nous pensons en tout cas quen 1847 il a fini ses études, puisque cette année il écrit, en collaboration avec Henri Carion, un Traité théorique et pratique de notariat, rédigé spécialement pour la Belgique). En 1849, il devient clerc de notaire à Nimy, et en 1852, il accède au poste de premier clerc.
Cest vers 1850 quil fait la découverte du colinsisme, à travers un ouvrage de Louis De Potter paru en 1848 (La Réalité déterminée par le raisonnement). Ce fut pour lui une telle révélation quil se sentit obligé de répandre la doctrine du socialisme rationnel professée par Colins, ce qui lamena à constituer le premier groupe colinsiste du Hainaut, à Mons, en 1852 ou 1853 semble-t-il. Celui-ci est vite fort dune dizaine de jeunes gens, " jeunes bourgeois libres penseurs, pauvres mais travailleurs ", certains francs-maçons, tous de profession libérale : les notaires Albert Mangin et Maximilien Malengreau, lavocat (et futur bâtonnier de lOrdre à Mons) J. Bourlard (laîné du groupe, et un des derniers arrivés), les ingénieurs Alphonse Cappelle, Maloteau et A. Passelecq, le chimiste Jules Putsage, les médecins Émile Van Hassel et Arsène Loin, le pharmacien V. Artus ; ou encore Albert-Maximilien Toubeau, mais ce dernier se détournera de Colins sous lemprise des sirènes proudhoniennes et comtiennes.
En 1854, J. Brouez sinstalle comme notaire à Wasmes, toujours dans le pays hennuyer. Deux ans plus tard, il part à Paris pour rencontrer Colins et lui faire loffre dassumer les frais de la publication de son uvre colossale, ce qui laisse supposer que son étude était florissante ; mais il a été pris de vitesse par le Suisse A. Hugentobler, qui sétait déjà proposé de faire pareil. Cependant, ce nest que partie remise, puisque Hugentobler doit déclarer forfait devant lampleur de son projet de publier les uvres complètes de Colins, ruiné par des affaires malheureuses au Brésil. Cest ainsi que Brouez peut éditer les volumes VI et suivants de la Science sociale, aidé par A. De Potter, puis par Mangin. Suivront les trois premiers volumes de LÉconomie politique, source des révolutions et des utopies prétendues socialiste. Ils arriveront à faire paraître en tout une vingtaine de volumes du maître.
Contrairement à ce quon pourrait penser, dans les années qui suivent, ce nest pas avec Brouez en qui on voit généralement la figure de proue du groupe que Colins correspond le plus, mais avec Cappelle et Maloteau (dès 1854).
En 1856, J. Brouez épouse civilement la Jemappoise Victorine-Léocadie-Thérèse Sapin (9 juillet 1833 10 novembre 1909), que par la même occasion il gagne à la cause du socialisme rationnel. De cette union naîtront deux fils : Paul en 1859 et Fernand en 1860.
Voulant faire de ses enfants des humanistes, il sassura quils reçoivent une éducation ouverte sur le monde et couvrant une grande variété de sujets, à linstar de ce que Louis De Potter avait réalisé avec son fils Agathon. " Il leur inculqua lamour de la culture (littérature, peinture, sculpture). Il noublia pas non plus la dimension humanitaire en leur apprenant, dès leur enfance, le respect du pauvre " et " sattacha à éviter autant que faire se peut à ses enfants le contact avec lenvironnement matérialiste ". Les disciplines étudiées sont " les classiques, physique et mathématiques, histoire et histoire naturelle " ; mais il serait étonnant, vu ses centres de préoccupation, quil nait pas également cherché à leur transmettre très tôt des rudiments de politique, de philosophie et déconomie.
Les leçons sont assurées par Jules lui-même, quand ses capacités et son emploi du temps le lui permettent, et sinon par des précepteurs ; mais jamais ses enfants ne fréquentèrent une école, privée ou publique.
Socialement, sil semble de toute évidence avoir réussi, cest toutefois sans trop dostentation. Sa demeure, par exemple, est bourgeoise mais pas luxueuse : " une terrasse à laquelle on accède des deux côtés par quelques marches en pierre précède une construction large, à un seul étage, dapparence modeste. On entre : à gauche les bureaux et la salle détude ; à droite, le salon orné des portraits à lhuile de Colins et du maître de céans peint par Gérard-Séguin, une bibliothèque, une salle à manger, avec une serre souvrant sur un petit parc planté de quelques grands arbres où gazouillent les oiseaux ".
Jules Brouez, de par les innombrables relations quil sétait faites au cours de sa vie, principalement dans les milieux colinsiens, fut à lorigine de la collaboration de certains intellectuels à la revue de son fils, comme par exemple dAgathon De Potter . Cest sans soute aussi grâce à Brouez père que César De Paepe a participé à la SN, peut-être au début en remerciement de laide (financière) que Jules Brouez lui aurait apporté dans la poursuite de ses études à lUniversité Libre de Bruxelles.
Il est à noter par ailleurs que, lors de la naissance de la revue de son fils, il sera parfois reproché à Jules Brouez de cesser sa contribution financière au périodique officiel au profit de la SN : " M. Brouez a retiré sa subvention à La Philosophie de lAvenir sans crier gare, et au risque de faire tomber une publication qui durait depuis dix ans. Il a créé une revue La Société Nouvelle et il emploie son argent à payer des écrivains qui nont rien de socialistes, alors que moi, je travaille depuis quinze ans pour la cause humanitaire, jai à peine le nécessaire pour vivre ".
Il est, dès 1885, à lorigine des premières sociétés coopératives du Borinage, par ex.
des boulangeries, dont en tant que notaire il reçoit les statuts. Durant la décennie qui suit, il participe activement à La Société Nouvelle.
En 1898, il apparaît très fatigué à Frédéric Borde qui vient lui rendre une dernière visite : " si la tête restait toujours solide, la décrépitude physique montrait visiblement une fin prochaine ". Effectivement, Jules Brouez meurt dans sa demeure de Wasmes, âgé de quatre-vingt ans, le 17 septembre 1899 à cinq heures du soir. Sa veuve lui survivra pendant une dizaine dannées, jusquà lâge de septante-six ans, pour finalement décéder dans sa maison du boulevard Sainteclette à Mons (où elle avait déménagé entre temps) le mercredi 10 novembre 1909, à deux heures trente du matin. Dans ses dernière volontés, elle affirme avoir gardé intactes ses croyances dans la " religion rationnelle ", et demande à être enterrée " sans cérémonie daucun culte ". Elle sera inhumée dans la concession familiale du cimetière dIxelles, le 13 novembre à laube. Le peu que nous savons delle tient à son aspect physique et nous vient de la description quen donne Évelyne Wilwerth : " une grosse femme aux cheveux gris et au teint rubicond. Avec un accent wallon à tomber par terre ". Elle na jamais écrit ni dans la SN, ni dans La Philosophie de lAvenir, mais cest à elle que nous devons la publication des deux recueils détudes publiées dans la SN, lun signé de son mari, lautre de Fernand.
5.1.4 Les éditeurs
Les noms et coordonnées des éditeurs sont donnés en première page de la Société Nouvelle, ce qui nous permet en général de dater avec précision les changements qui sont intervenus à ce niveau.
Ferdinand Larcier (Bruxelles)
Léditeur juridique (1852-1889) bien connu ne sest pas toujours cantonné au domaine du droit. Cest ainsi quil a été un compagnon de la première heure de La Société Nouvelle (dès novembre 1884). On pourrait sinterroger sur le choix de la rédaction de faire appel à un éditeur juridique : peut-être Arthur James avait-il fait la connaissance de lun ou lautre de ses responsables durant ses études de droit ?
F. Larcier publiera aussi des souvenir de voyages : El Moghreb al Aksa : une mission belge au Maroc dEdmond Picard (1889), et des livres de " littérature judiciaire " (Les Rêveries d'un stagiaire dAntonin Claude, alias E. Picard, en 1879).
Après sa mort, cest la veuve de Ferdinand Larcier qui reprendra la direction de limprimerie et de la maison dédition.
Henry Oriol (Paris)
Henry Oriol et Cie était, en 1885, un " éditeur progressiste et gendre de Maurice Lachâtre " dont les bureaux étaient situés au 11, rue Bertin-Poirée. Il publiait notamment des uvres dauteurs socialistes, comme le Pierre Patient de Léon Cladel (qui était dailleurs de la SN), en 1883.
On lui doit la parution, la même année, de Un coin de la vie de misère (accompagnée de deux nouvelle) de Henry Georges ; et surtout dune des toutes premières éditions du mémorable Droit à la paresse : réfutation du Droit au Travail de 1848 de Paul Lafargue, gendre de Marx.
Oriol éditera la première SN jusquà sa fin, en 1897.
5.1.5 Les principaux diffuseurs
Au XIXe siècle, la diffusion/distribution nétait pas une profession en soi, mais plutôt une activité annexe au métier de libraire. Il nest par conséquent pas impossible que certains des éditeurs cités en 5.1.4 aient parfois fait aussi office de diffuseurs, mais nous ne traitons dans cette section que de ceux qui sont explicitement désignés comme diffuseurs sur les pages de garde de la SN.
Nous ne citons ici que les diffuseurs qui apparaissent en couverture de la Société Nouvelle, soit a priori les plus importants, aux yeux mêmes des responsable de notre revues. Les autres ne font pas lobjet dune notice, mais les listes complètes quon retrouve parfois dans les pages intérieures de la revue sont reprises en annexe.
H. Le Soudier (Paris)
Albert Savine (Paris)
Lhistoire littéraire semble navoir retenu dAlbert Savine que ses éditions douvrages
antisémites, mais sait-on quil a aussi publié des auteurs anarchistes (avec par exemple, LItalie telle quelle est de Francesco Saverio Merlino en 1890, Anarchie et nihilisme de Jehan-Preval en 1892, Les coulisses de lanarchie de Flor OSquarr en 1892 ou encore La douleur universelle, philosophie libertaire de Sébastien Faure, en 1895) et des naturalistes (Dames de volupté de Camille Lemonnier, en 1892) ?
Né à Aigues-Mortes, le 20 avril 1859, Savine est le fils dun fondé de pouvoir du trésorier-payeur général de Nîmes. Après des études au lycée de Montpellier, il sinscrit à la faculté de droit avant de monter à Paris, attiré par lÉcole des Chartes. Mais un mariage avec la riche Marie Coste léloigne des études et le propulse à la tête dune grosse fortune, ce qui lui permettra de jouer un rôle non négligeable dans le monde des lettres et en politique.
Cest en 1887, soit lannée qui suit la parution de La France juive de Drumont, que Savine se lance dans la publication douvrages de propagande : La Russie juive, LAlgérie juive, Les Juifs en Algérie tant et si bien quen 1888, cest Drumont lui-même qui vient lui confier un manuscrit : La fin d'un monde. Étude psychologique et sociale.
Sa librairie devient alors " le cénacle des aboyeurs de lantisémitisme (Kalixt de Wolski, Georges Maynié) et des spécialistes de lantiparlementarisme comme Auguste Chirac ". On pourrait a priori être tenté de croire que si La Société Nouvelle le délaisse en février 1890 pour recommencer à faire affaire avec le libraire H. Le Soudier, cest pour ne plus se voir associée à un nom aussi dérangeant, mais ce serait faire fi du fait quelle avait décidé de faire appel à ses services en janvier 1888, soit plusieurs mois après que lantisémitisme de Savine fût devenu publique (et en 1887 déjà, elle incluait les ouvrages de Savine dans ses recensions).
La publication douvrages polémiques lui coûte énormément dargent. " En quelques années la fortune de Savine est écornée par les dommages et intérêts quil doit verser à loccasion de ses multiples condamnations, mais aussi par la gestion chaotique de sa librairie, chancelante à partir de 1893. Sajoute à cela deux ans plus tard ; la guerre dindépendance à Cuba qui fait perdre à sa femme les biens quelle possédait dans lîle ". En 1896 et 1897, il se voit acculé à négocier le rachat du fonds et des droits de sa Nouvelle Librairie parisienne avec léditeur Pierre-Victor Stock.
Nous avons aussi trouvé trace de ses occupations de traducteur, dans lesquelles Savine a su faire montre dun certain éclectisme, mais cest dans la traduction duvres espagnoles que cet acharné des littératures ibériques qui était aussi fort féru de folklore provençal et amoureux du Félibrige sillustrera le plus abondamment. En fait, sa " maison dédition ( ), son bel appartement situé à Passy, deviennent des lieux de ralliement pour les écrivains espagnols et catalans de passage à Paris ". Il uvre à les faire connaître dans les salons parisiens. Par exemple, en mars 1886, il contribue à la rencontre des Espagnols Pardo Bazán, Oller et Yxart avec Goncourt, Maupassant, Zola et Huysmans ? Plus tard, dans LHumanité Nouvelle, il veillera à la bonne tenue de la chronique des livres et revues espagnoles.
Avant de mourir sans le sou, en 1927, il ne survécut pendant vingt ans quen courant les travaux de vulgarisation historique et les traductions.
Feikema et Cie (Amsterdam)
Nous ne connaissons de ce diffuseur que son adresse : le 231, Heerengracht. Il apparaîtra comme diffuseur de la SN du 2ème numéro jusquen décembre 1888 (mais le fait quil ne soit plus mentionné tel quel par la suite prouve-t-il absolument quil nen est plus le diffuseur au Pays-Bas ?).
H. Stapelmohr (Genève)
Nous ne savons rien de ce diffuseur. Nous avons bien relevé la trace dun M. Stapelmohr à Genève, mais sont-ils apparentés ?
5.1.6 Limprimeur
Veuve Monnom
" En 1885, limprimerie Delvigne-Callewaert est reprise par Sylvie Descamps (1836-1921), veuve de Célestin Monnom, fonctionnaire aux chemins de fer. Très ouverte aux idées nouvelles, la Veuve Monnom se trouve mêlée aussitôt au renouveau littéraire et artistique, puisque de ses presses ne sortiront rien de moins que LArt Moderne, La Jeune Belgique, La Société Nouvelle, des catalogues des XX et de la Libre Esthétique, des ouvrages de Jules Destrée, Edmond Picard, Georges Eekhoud, Iwan Gilkin, Albert Giraud, Grégoire Leroy, Émile Verhaeren, ainsi que des affiches de Van Rysselberghe et de Lemmen. La Veuve Monnom travaillera aussi à plus dune reprise pour léditeur Edmond Deman, particulièrement exigeant en matière dart du livre.
En 1912 Henri Cuypers, directeur dévoué autant quhomme progressiste sur le plan social sera nommé administrateur délégué de lentreprise nouvellement constituée en société anonyme. Le conseil dadministration se composera alors de la veuve Monnom, présidente, H. Cuypers, administrateur délégué, Th. Van Rysselberghe, administrateur et E.A. Maréchal, commissaire. En 1914, Théo Van Rysselberghe estimera sa belle-mère par trop diminuée mentalement pour quelle puisse encore disposer librement de ses biens. Elle sera mise sous tutelle en 1919 et décédera deux ans plus tard. Au lendemain de la Grande Guerre limprimerie aura à franchir une passe financière difficile. Maria Van Rysselberghe saura convaincre Émile Mayrisch (1862-1928), capitaine dindustrie luxembourgeois et collectionneur dart moderne enthousiaste, de participer à une importante et nécessaire augmentation de capital ".
Cest chez Monnom que la veuve Brouez a fait paraître les livres de son mari (Études de science sociale : chroniques et critiques philosophiques, 1897) et de son fils (Études sociales, critiques philosophiques, chroniques littéraires : 1882-1896, 1901).
Notons que cest aussi chez la veuve Monnom que Arthur James publia son À travers la morale. Honnête, plus quhonnête, en 1889.
5.1.7
Liste des collaborateursComme les mémoires de Els Verlinden et de Guido Van Genechten incluaient tous deux un répertoire des collaborateurs (pour les périodes 1884-1897 et 1907-1914), nous avons choisi de ne pas répéter cette opération pour la période 1897-1903 et 1906 . La réalisation dun répertoire des auteurs de LHumanité Nouvelle aurait certes permis dobtenir, par le cumul des trois mémoires, un répertoire complet des auteurs entre 1884 et 1914. Mais il nous fallait faire un choix, et il nous a paru plus intéressant de rester concentré sur un de nos objectifs initiaux : produire une table générales des articles, avec index afférents.
À cela plusieurs raisons : en lisant le mémoire dEls Verlinden, nous nous sommes avisé que presque un vingtaine de collaborateurs (sur 252) de la première SN ne sont pas repris dans son répertoire. Il découle de ce fait que même en réalisant celui de lHumanité Nouvelle, lensemble naurait pas été complet. Par ailleurs, les notices des auteurs repris sont parfois excessivement lacunaires (mentionnant le titre dun ou deux articles, sans plus).De surcroît, des erreurs apparaissaient dans son classement A/Z des auteurs, sans parler de certaines imprécisions (par exemple, les prénoms de beaucoup dauteurs étant réduit à leurs initiales, alors même quils étaient parfois mentionnés en entier dans les sommaires ou en tête darticles). Il faut encore déplorer une certaine absence de rigueur dans les entrées des noms de famille, surtout en ce qui concerne les règles de rejet ou de maintien des particules patronymiques qui sont dusage dans la réalisation dun répertoire dauteurs. Enfin, et nous finirons sur cet argument, le défaut le plus grave de son travail, qui par ailleurs compte bien des aspects positifs (le traitement de données à caractère statistique, par exemple), est quil nétait pas même fait allusion aux individus majeurs que sont pour lhistoire de tout périodique ses fondateurs et rédacteurs-en-chef ; si ce nest quand ils apparaissent au sommaire en tant quauteurs (ou critiques). Ne parlons alors même pas des imprimeurs ou des éditeurs. Nous nous employons dans ce travail à compenser au moins cette lacune-là, ce qui en quelque sorte constitue déjà une manière de mini-répertoire.
La leçon que nous avons tirée de cet ensemble dapproximations, est que la réalisation rigoureuse, normalisée et sans faille dun répertoire dauteurs (avec dates et lieux de naissance et de décès ce qui dans nombre de cas impliquerait des recherches dans des registres paroissiaux, parfois difficiles daccès pour les auteurs étrangers , recherche des prénoms complets, repérage systématique des pseudonymes, distinction des homonymes ou quasi-homonymes, renvoi des formes rejetées à celles retenues , comparaison des auteurs ne signant que de leurs initiales avec les initiales des autres collaborateurs, dans le but de les identifier ; ou encore le traitement des noms dont lorthographe évolue dun numéro à lautre et dont on ne sait quelle est la bonne, létude préalable de normes de translittération reconnues et recommandées par des organismes officiels, etc.) demanderait à lui seul autant de temps que nous en a pris ce mémoire ; ne serait-ce que par le nombre et la diversité de documents qui devraient être consultés : nous ne sommes pas du tout sûr en effet que la dizaine de pages de bibliographie dEls Verlinden ait pu lui permettre darriver à un tel résultat.
Nous ne ferons pas subir au mémoire de Guido Van Genechten (sur la période 1907-1914) la même suite critique, en partie parce que Verlinden avait essuyé les plâtres et que ses défauts sont moins présents dans le travail de son successeur, qui avait en outre lavantage de ne devoir traiter que sept années de la revue, contre treize pour Verlinden.
Par conséquent, nous nous sommes dit quil était préférable de nous contenter de donner la liste des collaborateurs de la SN et de lHN, ce qui en soi est déjà dun réel intérêt. Dans un esprit dintelligibilité, nous présentons pour chaque période de la revue la liste des collaborateurs qui y correspondent (voir fin des chapitres 5.1 à 5.4) ; plutôt que de les fusionner dans une seule et unique liste, ce qui nous ferait perdre une information essentielle, à savoir à quelle série ils ont participé (à moins de le préciser entre parenthèses, mais nous croyons que cela alourdirait la présentation).
Nous nous sommes en priorité servi des tables des matières mensuelles (qui présentent lavantage de parfois spécifier les auteurs des chroniques et pas seulement ceux des articles de fond), et à défaut des tables récapitulatives trimestrielles.
Nous notons les noms tels quils apparaissent dans les sommaires, sans corriger (par exemple, Des Ombiaux est devenu Desombiaux ; le nom de Guillaume De Greef apparaît parfois sous la forme erronée " Degreef "), tout simplement parce que si nous en corrigeons certains, il faut pour rester systématique les corriger tous, et nous nen avons pas le temps. De plus, il reste la possibilité que certains noms ne soient pas des erreurs mais dimprobables exemples de quasi-homonymie.
Adam, Paul
Agresti, Antoine
Albert, H.
Antéorte, Chavarche
Arnould, Victor
Aubertin, Charles
Baissac, Jules
Bakounine, Michel
Barbusse, Henri
Barrès, Maurice
Bastos, Teixeira
Bazalgette, Léon
Bebel, Auguste
Bernard, Jean
Bertrand, Louis
Borde, Frédéric
Brandes, Georges
Bridel, L.
Brisbane, Redelia
Brissac, Henri
Brocher, G.
Brouez, Fernand
Brouez, Jules
Brunellière, Charles
Büchner, L. (Dr)
Burns, John,
Bury, Henri -J. -A.
Cabanès, Aug. (Dr)
Cabrun
Cammaert(s), Emile
Carpenter, Edward
Case, Jules
Cauderlier, Em.
Chassaing, A.
Charles-Albert
Chirac, Auguste
Cladel, Judith
Cladel, Léon
Claro, Canta
Colajanni, D.- Napoléon (Dr)
Coleridge, Samuel Taylor
Colins de Ham, J.-G. de (Baron) Combes, P.
Coolus, Romain
Cornélissen, Christ.
Cornélissen, Chrétien
Corre, A. (Dr)
Crockaert, A.
D'Axa, Zo (pseud. Galland)
De Braisne, Henry
De Gerando, Antonine
De Greef, Guillaume
De Marès, Roland
De Nimal, H.
De Paepe, César
De Potter, Agathon
De Potter, Louis
De Régnier, H.
De Roberty, Eugène
De Souza, Robert
Degreef, Guillaume
Delattre, Louis
Delgouffre, Ch.
Delombes, Pierre
Demblon, Célestin
Demolder, Eugène
Denis, Hector
Desombiaux, M.
Destrée, Jules
Detiche, Henri
Domela - Nieuwenhuis, Ferdinand
Donsky, A.
Dostoïevsky, Théodore - Marie
Drachmann, Holger
Dubois, Jean
Dwelshauvers, Georges
Mesnil, Jacques
Eekhoud, Georges
Ellis, Wm. Asthon (Dr)
Elskamp, Max
Emerson, Ralph - Waldoo
Filloti, Z.
Fleming, A.
Fleming, G.
Fontainas, André
Fort, Paul
Fournière, A.
Freeman, John
Fuchs, Félix
Gaétane
Garborg, Arne
Geffroy, Gustave
George, Henry
Ghennadieff, Nicolas
Ghislain, Jean
Gille, Valère
Girard, H.
Giraud, Albert
Goffin, Arnold
Gorter, Herman
Gosse, Edmond
Grave, Jean
Hamon, Augustin
Hannot, F.
Hauptmann, Gérard
Heath, Richard
Hennique, Léon
Henry, Charles
Herold, André (-) Ferdinand
Herzen, Alexander Ivanovitch
Heusy, Paul
Hins, Eugène
Hirsch, Charles- Henry
Hixe
Housman, Laurence
Hudry - Menos, J.
Huysmans, Joris - Karl
James, Arthur
Jean - Bernard
Jerrold, Laurence
Kahn, Gustave
Kennan, Georges
Kielland, Alex.- L.
Koerner, A.
Korolenko, Vladimir
Kostuchko, P.
Kovalevska, Sonia
Kovalevsky, M.
Krains, Hubert
Kropotkine, Pierre
Kufferath, Maurice
La Fontaine, Henri
Labarre, F.
Lagrange, E.
Lamour, C.
Lavroff, M.- P.
Lavrot, P.
Le Blanc du Vernet
Lecomte, Georges
Lemonnier, Camille
Leverdays, Emile
Limousin, Ch.- M.
Linet, Ph.
Loin, Arsène (Dr)
Lombard, Jean
Lorand, Georges
Lorrain, Jean
Maeterlinck, Maurice
Maison, Émile
Malato, Charles
Malon, Benoît
Marholm, Laura
Marlowe, Christophe
Massart, Jean
Matchtète, Grégoire
Maubel, Henry
Mauclair, Camille
Maus, Octave
Merlino, F.- Saverio
Merlino, X.
Mesnil, Georges,
Mesnil, Jacques
Metchnikoff, Léon
Métin, Charles
Meunier, Dauphin
Meusy, Georges
Michel, Albert
Mockel, Albert
Monségur
Morel, Eugène
Morris, William
Mullem, Louis
Multatuli
Nautet, Francis
Nicole, D.- O.
Nietzsche, Frédéric
Nikitine, N.
Nys, Ernest
Pater, Walter
Péladan, Joséphin
Pelloutier, Fernand
Pelloutier, Maurice
Picard, Edmond
Pierron, Sander
Pignon, Emmanuel
Pignoy, E.
Pilon, Edmond
Pontoppidan, Henrik
Puck
Putsage, Jules
Rahlenbeck, Gustave
Reclus, Elie
Reclus, Elisée
Regnard, Albert (Dr)
Remy, Léon
Rency, Georges
Rieffel, A.
Rodenbach, Georges
Rose, E.- W.
Rosetti, Mircea C.
Rossetti, William- M.
Royer, Clémence
Sacré - Lorthoir, J. (Dr)
Saint - Pol - Roux
Salias, Eugène
Saurin, Daniel
Scheffer, Robert
Schlaf, Johannes
Schuré, Edouard
Servières, Georges
Séverin, F.
Sketchley, J.
Soury, Jules
Sperber, Otto V.
Spleen, John
Stiernet, Hubert
Stranger, James
Stromberg, Marie
Sulzberger, Max
Sulzberger, Maur.
Swinburne, Algernon Charles
Tarassof, K.
Teste, L.
Thernychevski, N.
Thomas, Gabriel
Tolstoï, Léon
Tourgueneff, Ivan
Trigant, Michel
Tufferd, F.
Tutchev
Tweedie, Alec (Mrs)
Van De Velde, Henry
Van Drunen, James
Van Eeden, Frédéric
Van Keymeulen, L.
Van Lerberghe, Charles
Van Zoolegem
Vandervelde, Em.
Vandrunen, J.
Verhaeren, Émile
Veydt, Max.
Vielé-Griffin, Francis
Vigné d'Octon, P.
Volders, Jean
Von Sperber, Otto
Wallace, A.R.
Waller, Max
Wallner, L.
Wilde, Oscar
Will, I.
Will, J.
Wille, Bruno (Dr)
Willems, C.
Yebel, André
Zangwill, Israêl
5.1.8 Le rayonnement de La Société Nouvelle
" À Fernand Brouez, au persévérant Directeur de " La Société Nouvelle ", la revue qui supplée en quelque sorte, en Belgique, à linconcevable inexistence de tous cours de hautes études désintéressées, dart, de littérature, de sciences philosophiques et de sociologie ".
" Malgré ce quon pourrait appeler lanarchie de sa rédaction, le groupe étant composé de littérateurs et de savants entièrement libres vis-à-vis les uns des autres, la Société Nouvelle offre un ensemble de travaux harmonieux, où lon a peine à trouver des disparates. Cest quune communauté daspiration sétablit delle-même chez les générations nées avec la volonté dune uvre à accomplir. La Société Nouvelle est la retraite philosophique des jeunes sciences et des arts précurseurs don ne sait encore quelle haute expression prochaine et de quel état social réformé. On estime dautant plus la place quelle sest faite, que ni LArt Moderne ni la Jeune Belgique ne pouvaient accomplir sa mission généreuse ".
" La Société Nouvelle, lancée par MM. F. Brouez et A. James, est la plus posée, la plus éclectique des revues. Elle a plus quelle naffecte certaines allures de jeune Revue des Deux Mondes. Comme son aînée et sa voisine, elle se préoccupe de science, de philosophie, de sociologie, se plaît aux articles de fond un peu compacts, froids et bien combinés. Elle constitue, même en dehors de la Belgique, un des périodiques les plus renseignés et les plus sérieux au point de vue des idées nouvelles, quelles quelles soient ".
" Il se publie en Belgique un magazine : La Société Nouvelle, de reproductions internationales en effet, et qui est bien le plus intéressant avec Nietzsche, Kropotkine, Emerson, Whitman, Gustave Kahn, Brouez, etc., de tous les recueils imprimés en langue française ".
" Faut-il donc leur apprendre qu'une quantité de journaux répandent les idées : La Révolte, Le Père Peinard, La Revue anarchiste, La Société Nouvelle, LArt Social, L'Insurgé, etc [sic] ".
" La moelle de la pensée humaine durant cette fin de siècle ".
" Un foyer de pensées comme La Jeune Belgique était un foyer dimaginations ".
" Cette publication eut son heure déclat. Il est tel numéro dont parlèrent dix-huit journaux français ".
Ce petit florilège de citations contemporaines de la SN première mouture rend compte, mieux que nous ne saurions le faire, de la réputation quelle avait de son vivant, en France et en Belgique. Mais sa renommée ne sarrêtait pas là, il suffit pour sen convaincre de voir le nombre de pays où on retrouve des collections de notre revue.
Outre les pays où elle était diffusée (au moins quatre, daprès ce qui était indiqué sur la couverture ; à savoir la Belgique, la France, la Suisse et les Pays-Bas) : en Italie (à la Biblioteca Universitaria Alessandrina de Rome, dans les bibliothèques de lUniversité de Bologne et du Dipartimento di Scienze Giuridiche dellUniversità de Modène), au Canada (à la bibliothèque de luniversité de Waterloo, à la Bibliothèque Morisset de lUniversité
d'Ottawa), ainsi quaux États-Unis (des exemplaires sur microfilms à la Bobst Library de lUniversité de NewYork). Lénumération pourrait être longue : la seule base de données Worldcat de FirsSearch répertorie trente-six bibliothèques qui en possèdent des exemplaires. Observons toutefois que les collections complètes, ou proches de lêtre, sont assez majoritairement situées en Belgique (ULB, RUG et surtout SBA ) et en France.
5.1.9 Le souvenir de La Société Nouvelle
Après avoir traité de son rayonnement sur ses contemporains, nous voudrions maintenant jeter un coup dil sur ce qui a été écrit à son sujet postérieurement à sa disparition (en 1914), dune manière que nous espérons représentative du souvenir quelle à laissé dans les mémoires. Nayant pas eu le temps de trouver et dexplorer les mémoires et autres autobiographies de ceux qui en ont animé les colonnes, nous avons de préférence examiné essentiellement quelques unes des plus connues histoires des lettres belges, des courants littéraires et politiques.
Max Nettlau, dans son Histoire de lanarchie, cite la SN et F. Brouez (p. 215). Si Eugène De Seyn ne dit rien de nos revues, ni dailleurs de James, Piérard, Legavre, Noël ou Brouez, ce dernier et La Société Nouvelle sont mentionnés dans louvrage de Kenneth Cornell, The Symbolist movement et dans celui de Herman Braet. Il est fait mention de la SN dans La Belgique fin de siècle et Fin de siècle et symbolisme en Belgique, uvres poétiques de Paul Gorceix. F. Brouez, James, Dumont-Wilden et L. Piérard sont cités dans LUniversité Libre de Bruxelles et les écrivains français de Belgique.
On reprend aussi le nom de La Société Nouvelle dans lHistoire du livre et de limprimerie en Belgique des origines à nos jours, dans les Grandes figures de la Belgique indépendante 1830-1930, dans Les Écrivains belges contemporains de langue française, 1800-1946 de Camille Hanlet, dans le Cours de littérature française de Belgique de Maurice Gauchez, dans lHistoire illustrée des Lettres française de Belgique de G. Charlier et J. Hanse, dans Les Avant-gardes littéraires en Belgique : au confluent des arts et des langues (1880-1950) de Weisgerber, Vervliet et Klinkenberg, dans lHistoire de la littérature libertaire en France de Thierry Maricourt ; ainsi que dans différents catalogues dexposition (sur le symbolisme, la littérature belge, les revues littéraires ).
Jacques Julliard dit delle quelle fut " ( ) une revue singulièrement plus importante, même si elle est aujourdhui bien oubliée. Il sagit de la Société Nouvelle, revue internationale publiée en français à Bruxelles depuis 1884 et qui avec divers avatars, et notamment des changements de titres, parviendra à vivre jusquen 1914. Elle rassemble les plus grands noms de lanarchisme ( ), des socialistes à tendances libertaires comme William Morris, Vigné dOcton, des indépendants comme Colojanni. Les collaborations littéraires sont particulièrement brillantes, avec les noms de J.K. Huysmans, Léon Hennique, Paul Fort, Émile Verhaeren, Viélé Griffin [sic], Saint-Pol Roux, Oscar Wilde et même Nietzsche ".
J. Destrée et Émile Vandervelde, sils reprennent La Philosophie de lAvenir dans la bibliographie de leur Socialisme en Belgique, ne citent par contre pas une fois la SN ou lHN , bien quils mentionnent des articles de Jules et Fernand Brouez. Mais peut-être que ces revues nétaient pas assez " militantes ", trop peu " dans la ligne du parti ", trop libres et pluralistes pour pouvoir être cataloguées de purement socialistes ?
On se souvient de La Société Nouvelle aussi bien pour son éclectisme littéraire (elle " publia les uvres de nombreux écrivains belges de cette époque "), pour son indépendance politique (" cette revue fut pendant douze ans la seule en Belgique à sintéresser aux problèmes sociaux de manière absolument indépendante "), mais le plus souvent cest le nom de son fondateur qui reste dans les mémoires ("Fernand Brouez, lanimateur de ce mensuel très répandu ").
Lors de nos recherches, nous nous sommes rendu compte du nombre derreurs qui émaillaient beaucoup de passages sur la SN et lHN, ce qui à notre sens est révélateur de la méconnaissance de ces revues.
Par exemple, on dit parfois de la Société Nouvelle quelle est morte en 1895 ou 1896 pour sa première formule (au lieu de 97), que le frère de Fernand Brouez sappelait Jules ; quelquefois, le nom du fondateur devient " Brouwez ", La Société Nouvelle est qualifiée d" apolitique ", ce qui est mal rendre hommage à son pluralisme
Il va de soi que la Société Nouvelle est souvent citée dans les articles et travaux consacrés aux auteurs quelle mit en avant, par exemple, Nietzsche dans le "Nietzsche, Decadence, and Regeneration in France, 1891-95 " de Christopher E. Forth ; ou encore dans les éditions de correspondances.
5.2 LHumanité Nouvelle : Revue internationale Sciences, Lettres et Arts
(mai 1897 février 1901, octobre novembre 1902,
mai décembre 1903, octobre 1906)
En mai 1897, soit quatre mois après la fin de la 1ère série de la Société Nouvelle, LHumanité Nouvelle reprend le flambeau de la revue de Fernand Brouez " avec la collaboration de presque tous les écrivains de La Société Nouvelle, qui entendaient ( ) continuer luvre collective quest toute revue. Ils avaient estimé quune revue aussi belle, aussi importante que La Société Nouvelle ne devait pas mourir et quil était nécessaire quelle reparût fut-ce [sic] sous un nom nouveau ".
Dabord, demandons-nous qui est à lorigine de cette résurrection. Bien sûr A. Hamon, vieux collaborateur de la Société Nouvelle, qui devient directeur du nouvel avatar. Mais encore ? Charles-Albert, qui co-dirigeait lHN, si lon en croit Jacques Julliard ; et puis les acolytes de toujours : Élisée Reclus et son frère Élie, Fernand Pelloutier.
On peut sinterroger à juste raison sur la décision de changer le titre de la revue. Puisque les successeurs voulaient à ce point continuer l" uvre collective " et marquer clairement leur filiation avec la SN, pourquoi ne pas garder le même titre ? Le " fut-ce sous un nom nouveau " nous autorise à penser que des contraintes ont pu être exercées à cet égard sur les nouveaux dirigeants. Mais est-il pensable que ce soit Fernand, peut-être rendu influençable par la maladie, qui ait interdit quon reprenne le titre ? Éventuellement sous lemprise de son père, pressentant que la revue nallait, sous limpulsion de Augustin Hamon, que séloigner encore davantage de lidéal colinsiste originel vers un pluralisme encore plus varié et moins empêtré des rigueurs du dogme du baron de Colins ? Dailleurs, nous ne savons pas exactement à qui revenait la propriété juridique du nom " La Société Nouvelle " : à Fernand ou à Jules ?
Ce dont nous sommes certain néanmoins est que, après leurs morts, cest à la mère de famille, Victorine, quil reviendra. Et cest dailleurs avec sa bénédiction que Jules Noël le reprendra quand il voudra redonner aux colinsistes belges une grande revue belge pour sexprimer, en 1907.
La seule remarque quon puisse émettre au demeurant sans en tirer de conclusion est que cette appellation reste de part en part liée au colinsisme : dabord titre dun ouvrage de Colins, puis titre de revue entre 1884 et 1897, et enfin (nous le verrons plus loin) titre de la seconde et troisième mouture de la SN, entre 1907 et 1914, période où cest justement le colinsien Jules Noël qui reprend les rênes de la publication.
Mais il est tout aussi imaginable que ce soit Hamon lui-même qui ait voulu prendre ses
distances. Dans un bilan quil fait après cinq années de LHumanité Nouvelle, il le fait sentir à mots couverts : " Déjà La Société Nouvelle, dont LHumanité Nouvelle fut en réalité la continuation, avait partiellement réalisé ce programme libertaire. En cette revue, cette tradition a été suivie et améliorée. Plus grande encore est la liberté dont chaque écrivain jouit à LHumanité Nouvelle. Elle nest lorgane daucune secte, daucun clan, daucune coterie, daucune école ".
Il est à noter que le glissement idéologique entre les deux revues, au profit de lanarchisme et au détriment du colinsisme, était peut-être moins évident pour les collaborateurs eux-mêmes. Frédéric Borde par exemple, ardent partisan de Colins, ne sillusionne-t-il pas en pensant que " le drapeau nest pas tombé ; il na fait que changer de main et les doctrines [de Colins] quil représente sont les mêmes : elles sont soutenues par LHumanité Nouvelle " ? Cependant, il faut reconnaître que Hamon na cessé de clamer sa détermination que son journal soit le lieu dune liberté dexpression absolue (" la plus grande somme des vérités connues ne peut être acquise quen laissant exposer les idées les plus diverses, les plus variées, les plus contradictoires "), ce qui le conduira par ailleurs à laisser paraître des articles antisémites, tout comme La Société Nouvelle auparavant ; en ayant soin toutefois de nengager quau minimum la Rédaction qui, en laissant à chacun la responsabilité de ses propos, sen dissocie du même coup : " Chaque auteur ayant sa pleine liberté de pensée, nengage que lui-même. La revue par suite est ouverte à la controverse ".
Un élément qui tend à prouver la sincérité de Hamon est le très grand nombre de personnes publiées dans LHumanité Nouvelle : sur seulement six ans, sa revue connaîtra beaucoup plus de signatures différentes (surtout si on compte les auteurs nayant officié que dans le cadre dune rubrique) que la première SN sur deux fois plus de temps, ou que la seconde et la troisième SN en sept ans.
Nous ne connaissons pas la genèse du nouveau titre de la revue qui conserve toutefois ladjectif " nouvelle ", signe dune prétention au progressisme , mais peut-être y a-t-il là une discrète allusion à une revue anarchiste française, La Nouvelle Humanité (organe naturien), créée par Henry Zisly en 1895 et que Hamon pouvait connaître ; mais le sens de cette possible allusion ne nous apparaît alors pas clairement. Sil fallait vraiment chercher une filiation, ce serait plus vraisemblablement du côté de LHumanité quil faudrait aller. Ce bi-hebdomadaire, lancé en 1842 par le Républicain (et chef du gouvernement transitoire belge après la Révolution) Louis De Potter dont il était à peu près le seul rédacteur , passe pour avoir été le premier périodique socialiste belge. La possible allusion en question reposerait alors sur le caractère progressiste de cet organe, et peut-être ? sur le fait que les théories du baron de Colins aient pu y être exposée à lun ou lautre moment de ses trois mois dexistence (De Potter avait été fort impressionné par sa rencontre avec lui quelques années plus tôt).
Remarquons, pour en finir avec le titre, que le complément de celui-ci a également été modifié : exit la mention " sociologie ", tandis que les " Sciences " passent avant les arts et les lettres (cette dernière mention étant parfois absente).
Dans la présentation de LHN , peu de choses changent par rapport à La Société Nouvelle : elle garde le même format in-8 et la pagination est de 128 pages, soit deux volumes de 750 p. par an avec index par auteurs et par matières. Le prix de vente au numéro, pour la France et la Belgique, est toujours de 1.25 frs., mais il sera successivement augmenté à 1.50 puis à 2 frs.
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Il est indiqué sur la couverture du n° 1 de mai 1897, que la rédaction du journal est au 120, Rue Lafayette ; et ladministration au 5, Impasse de Béarn, aussi à Paris. Sur la page de couverture du n° 3, la librairie bruxelloise Spineux (86, Rue Montagne de la Cour) est mentionnée. Dès le n° 4 daoût, le 5, Impasse du Béarn porte le nom de " Librairie de l"Art Social" ".
Au n° 7, les bureaux parisiens sétendent, puisque la Librairie C. Reinwald vient de faire son apparition à côté des mentions susmentionnées. Et enfin, il y a une indication déditeur : Schleicher frères, situé au 15, rue des Saints-Pères à Paris. Dès mars 1898 (n° 9), on apprend que les bureaux de Spineux sont désormais au 62, Rue Montagne de la Cour ; et que la rédaction et ladministration de la revue sont rassemblées au siège de la Librairie de lArt Social (5, Impasse de Béarn).
Ces mentions ne varieront plus jusquau n° 44 de février 1901. Cest le moment de la rupture avec léditeur Schleicher (voir plus loin) et le numéro suivant ne paraît que presque deux ans plus tard (octobre 1902). Un supplément de 80 pages relatif au procès qui loppose à Hamon et rédigé par ce dernier est adjoint à ce numéro. Le procès a coûté cher et le prix de lexemplaire a augmenté de 25 centimes. La contrepartie est que désormais, la rédaction est accessible par téléphone (3688), ce qui indique peut-être une volonté de modernité, de faire comme la " grande presse " quotidienne.
Ladresse du journal est toujours au 62, Rue Montagne de la Cour pour la Belgique, mais celle pour la France devient pour deux numéros le 3bis, Cour de Rohan, Rue du Jardinet, dans le sixième arrondissement de Paris. À partir de mai 1903 (n° 47), les bureaux parisiens se trouvent au 16, Rue de Condé, et ceux de Bruxelles au 92, Avenue du Solbosch ; et ce jusquau terme final de LHumanité Nouvelle, en décembre 1903 (n° 54).
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En ce qui concerne les collaborateurs, on constate que beaucoup sont des nouveaux venus. Cela nest guère étonnant : Hamon, comme Brouez père avant lui, est un homme aux multiples relations. Cette pléthore dauteurs-maisons permettra à lHN dassurer à ses lecteurs quelle " ne publie rien que de linédit " (la SN elle aussi avait dans les mêmes termes revendiqué ne jamais reproduire des articles déjà parus sauf bien sûr des extraits de livres venant de sortir , mais daprès nos recherches seulement à partir de 1896). Les collaborateurs de LHumanité Nouvelle nétaient pas rémunérés (cest en tout cas ce quaffirme J. Julliard), et en tout bien moins souvent que du temps de La Société Nouvelle.
Cest peut-être ce qui fait que lon avait tant dauteurs différents publiés : on imagine mal quil y ait une grosse équipe dauteur-maisons sil ny a pas de rétribution à la clé, alors que des " amateurs " sont toujours heureux quon publie un papier deux, même sils ne sont pas payés. Il suffit pour les gestionnaires de la revue dappeler les lecteurs à envoyer leurs textes au journal, il se peut même quils naient pas eu à le faire et quon leur ait spontanément expédié des articles. Mais la corollaire probable dune telle pratique est un abaissement de la qualité rédactionnelle. Dailleurs, une telle pratique peut être la raison des variations de pagination que nous avons notées, les " arrivages " ne se faisant pas toujours de façon régulière, contrairement à ce qui arrive quand les auteurs sont rémunérés et tenus à un délai.
Mais ça pourrait aussi expliquer que la rédaction ait parfois pu annoncer avec précision le sommaire des prochains numéros, avec parfois plusieurs mois davance (lorsque donc elle avait accumulé de la copie en suffisance). Parmi les rédacteurs récurrents, outre ceux auxquels nous consacrons une notice dans les pages suivantes, relevons les noms de Georges Polti (rubrique " théâtres "), du peintre Jeanès et de Jean Dolent pour la chroniques des arts.
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Nous pouvons encore relever un autre aspect de la capacité de gestionnaire dHamon, ne concernant plus cette fois lintendance rédactionnelle, mais la gestion des abonnements. Il nhésite pas, tout comme F. Brouez et A. James avant lui, à sortir des sentiers battus. Là où ces derniers avaient récupéré le fichier des abonnés dune revue moribonde, La Basoche (voir supra), lui a lidée de proposer des abonnements couplés, à prix avantageux, avec LOuvrier des Deux Mondes. Plus tard, juste avant la fin de lHN, il aura une idée qui fait de lui un précurseur des publicitaires modernes : celle dimprimer des " numéros spécimen réduits ", quil envoie gratuitement à toute personne qui en fait la demande, ne contenant que la partie bibliographique.
Notons quil ne rate pas une occasion davoir de nouveaux abonnés : il semble même être parvenu à convaincre George Bernard Shaw de faire la promotion de LHumanité Nouvelle !
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LHumanité Nouvelle est-elle aussi internationaliste que létait la SN ? Sans doute. Et par la diversité des origines des rédacteurs, et encore bien plus par la profusion de villes, de tous pays, où elle est diffusée.
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Signalons pour finir une étrangeté. Nous avons découvert dans les dossiers de police
des Archives de la Ville de Bruxelles le n° 1 (mars 1906) dune plaquette intitulée La Société Nouvelle : Anticléricale, Républicaine, Socialiste. Léditeur en est Marc Floirac (49, rue de Flandre à Bruxelles), ladministration et la rédaction sont logées au 29-31 rue de la Digue à Bruxelles, et le secrétaire est un certain Émile Ehlers. Alors que six mois plus tard, reparaîtra très provisoirement LHumanité Nouvelle (peut-être un seul numéro), après presque trois ans dabsence, sagirait-il de luvre sans doute éphémère de nostalgiques de la SN ? Ou dune prémisse de la résurrection de la revue quopérera Jules Noël quelques 16 mois plus tard ? Ou alors dune totale coïncidence ? Cest assez peu probable : la pratique de faire suivre le titre de la revue dune suite dadjectifs fait fort penser à La Société Nouvelle de F. Brouez.
Le Répertoire de la presse bruxelloise nous apprend en plus que limprimeur est
installé à la même adresse que la rédaction, que cette revue na eu quune brève existence, puisquelle sest éteinte lannée même de sa création et que des exemplaires sont conservés dans le Fonds Mertens de la Royale et au Musée International de la Presse (MIP) du Mundaneum.
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Contrairement à ce que nous avons fait pour la Société Nouvelle, nous ne consacrerons pas un chapitre à énumérer des citations de contemporains relatives à LHumanité Nouvelle, car nous nous sommes rendus compte que, même si elle était distribuée dans plus de pays, cette dernière avait peu suscité de réactions de la part de ses contemporains. En fait, le seul écho que nous ayons récolté est une demi-colonne dans le quotidien Le Soir où lauteur discoure sur le concept de vérité, en réaction à des idées défendues dans LHumanité Nouvelle.
5.2.1 Les directeurs
Augustin Hamon
Fils de Henri Hamon et de Henriette Duval, né à Nantes le 20 janvier 1862, Augustin Henri Frédéric Adolphe Hamon est issu par son père dune lignée dau moins trois générations de ferblantiers, plombiers-zingueurs et couvreurs ; sa mère est quant à elle fille de chapelier .
Augustin quittera Nantes à lâge de six ans, moment où sa famille déménage à Paris pour y suivre le pater familias parti un an plus tôt afin dy créer une usine pour exploiter un brevet de son invention (les tuyaux en plomb doublés détain), une affaire qui finira par devenir rentable. Durant les troubles de la Commune, Augustin vit avec sa mère dans le Maine-et-Loire, à Montjean-sur-Loire. Ensuite, il étudiera au lycée Condorcet où il obtient son baccalauréat, après quoi il se spécialisera dans les questions dhygiène (il publie dès 1881 des études dans nombre de revues spécialisées). Rapidement, il juge que cette problématique ne peut aboutir sans une réforme en profondeur de la société. Toujours en liaison avec ses idées dhygiéniste, il exigera par ailleurs linterdiction du travail des enfants, lobligation de déclarer les maladies infectieuses et lamélioration des conditions de travail des femmes.
Ses travaux de sociologie reposent sur des pratiques dinvestigation inédites pour lépoque. Il utilise par exemple des enquêtes par questionnaires, comme quand, en 1895, il publie une enquête sur les anarchistes de l'époque (Psychologie de lanarchiste-socialiste), sujet qui lintéresse au point de le traiter plusieurs fois au cours de la décennie (" Les hommes et les théories du l'anarchie " en 1893, " Un Anarchisme, fraction du socialisme " en 1896). Il fréquente les libertaires depuis les années 80, après un passage de quatre ou cinq ans chez les " socialistes autoritaires " et les boulangistes.
Il sattaquera dans le même esprit à une étude de la psychologie du militaire français, puis désire continuer sa série de types sociaux avec des recherches sur les artistes, mais celles-ci ne seront pas publiées.
Pourquoi lhistoire de la sociologie na-t-elle pas retenu son nom ? " Tout dabord, ( ) il faut rappeler quA. Hamon est toujours demeuré un marginal, à lécart des voies officielles de diffusion du savoir, dans limpossibilité de se créer des disciples ( ). Par ailleurs, ses méthodes de travail malgré une volonté affichée de toujours procéder scientifiquement étonnent aujourdhui par leur naïveté : comment est-il possible, en effet, de bâtir des ouvrages " scientifiques " sur la seule base des articles de presse ? ".
En 1893, cest lui qui fait découvrir l'anarchisme à Fernand Pelloutier (futur créateur des Bourses du Travail), avec qui Brunellière lavait mis en relation. Il fait aussi partie, à partir de la fin de cette année, du " Groupe de lidée nouvelle ", avec entre autres Barrucand et Paul Adam. Puis il participe aux revues les Temps Nouveaux et France Politique et Sociale. En juillet 1894, après lassassinat du président Carnot, point culminant des attentats anarchistes qui balaient le sol français, il décide de sexiler en Angleterre, puis en Écosse, jusquen février de lan suivant.
Le 27 juillet 1896, il participe, en tant que délégué de la Bourse du Travail de Nantes, au " Congrès international des travailleurs et chambres syndicales ouvrières de Londres ", accompagné de deux représentants du groupe " LArt social ", qui sachève six jours plus tard sur l'exclusion des anarchistes (à savoir notamment lui-même, Malatesta, Grave, Pouget, Tortelier, Pelloutier ) par les marxistes. Il sy était fait remarquer pour ses penchants réformistes, car il cherchait à tout prix à maintenir des passerelles avec les socialistes de tout bord.
Cest à peu près dans le temps même où il fréquente les anarchistes quil décide dentrer dans la franc-maçonnerie.
À peine âgé de vingt ans, il est initié à la LogeBienfaisance et Progrès de Boulogne, amorce dun parcours qui le mènera à adhérer à bien dautres loges, dont celle de Tréguier où il sera Vénérable.
Lors de laffaire Dreyfus, il restera sur la réserve, suspectant les partisans du procès en révision dêtre des " représentants de la Haute Banque ". Les notices biographiques sur Hamon que nous avons consultées omettent systématiquement de mentionner son antisémitisme latent, si ce nest celle de Jean Raymond, qui est toutefois très allusive.
Ce mépris de la figure du " Juif " lui causera à lune ou lautre occasion quelques désagréments, puisque cest à cause de lui, ou plus précisément en raison dun article antisémite de trop, signé Colleville, quil a laissé passer dans LHumanité Nouvelle, que le libertaire français Jean Grave quittera avec fracas la revue en septembre 1898. Mais Hamon nétait déjà plus en odeur de sainteté depuis sa neutralité face à la condamnation du capitaine Dreyfus, aussi bien chez les anarchistes que chez certains socialistes.
Cest en 1897 quHamon avait fondé et pris la direction de cette revue, suite et prolongation de La Société Nouvelle, à laquelle il collaborait déjà. Il assure la critique des ouvrages de philosophie et de psychologie. En 1903, lHN succombe, après une grosse cinquantaine de livraisons.
Hamon est usé par les ennuis de toutes sortes, au nombre desquels il faut pointer la rupture avec Grave et Élisée Reclus, qui " nacceptent pas son trop grand éclectisme " (socialisme, spiritisme, boulangisme, antisémitisme ) ; mais surtout le procès avec Schleicher frères.
Situons brièvement ce dernier. Après plus de trois années de parution de lHN, léditeur Schleicher frères décide unilatéralement de mettre un terme au contrat du 16 juillet 1898, portant sur une durée de cinq ans, qui le liait à A. Hamon et à LHumanité Nouvelle. Ce dernier intente un procès en assignation. La revue est suspendue, dans lattente du jugement.
En octobre 1902 (n° 45), la revue reparaît. Ce numéro (avec un supplément de 80 pages consacré à l" affaire ") et les suivants reprennent les détails circonstanciés des faits, pièces justificatives et prononcé du jugement.
Selon Hamon, Schleicher les racines du conflit remontaient à 1899, quand il voulut publier un numéro spécial sur la guerre, où certains interviewés prononçaient des propos par trop antimilitaristes, ce qui avait été quelque peu effrayé les éditeurs. Par courtoisie, il accepta datténuer certaines des interventions prévues, mais le ver était dans le fruit de ses relations avec Schleicher frères.
En novembre 1900, Hamon et Schleicher créent malgré tout une maison dédition, du même nom que la revue. Mais rapidement surgissent des histoires dargent, des échanges de billets à échéance. Hamon finit par demander des comptes, mais ceux-ci ne le satisfont pas. Aussi tout ce petit monde se retrouve-t-il bientôt devant le tribunal de commerce. Tout se gâte, et se complique, quand Hamon décide toujours son obsession de tout dire, sans recul de publier des pièces du procès dans lHN n° 46 novembre 1902. Schleicher lattaque en diffamation. Puis survient une imputation pour un article pornographique, " Bradacier ". À ce stade-là, plus personne ne sy retrouve, et nous nirons pas plus loin, de peur de nous envaser dans cet embrouillamini judiciaire.
Constatons juste que pendant des dizaines de mois, Hamon passe presque autant de temps dans les prétoires que dans les salles de rédaction. Léchec de ces cessations de parution à répétition aura sur son quotidien de néfastes effets, " la disparition de la revue LHumanité Nouvelle la laissé fortement endetté et dans lobligation de vivre plus économiquement (et donc de quitter Paris pour la Bretagne) à un moment où, de surcroît, il doit faire face à de lourdes obligations familiales [, à savoir une épouse et trois filles]".
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Hamon sera encore présent dans la seconde Société Nouvelle (et dans lautre journal
belge du colinsisme, La Terre, qui est créé deux ans après la disparition de son Humanité Nouvelle par Noël et Legavre), avec des articles sur la situation politique en France et des critiques de livres.
Le portrait ne serait pas complet si lon omettait de signaler ses activités professorales : il a enseigné à lUniversité Nouvelle de Bruxelles, à la Faculté des lettres de Paris, au Collège libre des sciences sociales de Paris. Parfait bilingue, il a aussi été " lecturer at the London School of Economic and Political Sciences ", pendant la Première Guerre.
Quelques années plus tard, il se fera
membre de lAssociation nationale des libres-penseurs de France, dont il sera le délégué au congrès international de la libre-pensée de Paris, en septembre 1905.Au fil du temps, il s'était éloigné des conceptions libertaires de sa jeunesse, mais sans jamais rompre totalement avec elles ; se reconnaissant mieux dans le socialisme, peut-être incité en cela par les opinions de Georges Bernard Shaw, dont il traduit les uvres pour léditeur Figuière à partir de 1904 (souvent en collaboration avec sa femme Henriette-Marie-Hortense Rynenbroeck, quil avait épousée en mars 1901), et avec qui il aura de prolifiques échanges épistolaires. Peut-être aussi influencé pour une part par son environnement maçonnique : depuis 1894, il appartient aux Chevaliers du Travail, loge justement dobédience socialiste.
Hamon devient en 1907 premier secrétaire fédéral des Côtes-du-Nord de la toute jeune S.F.I.O. récemment unifiée. Même alors quil siège à une fonction importante, il ne délaisse pas les bonnes vieilles méthodes de prosélytisme et continue à se servir de brochures pour répandre sa propagande socialiste, tout comme il en usait quand il faisait celle de lanarchisme. Mais il innove aussi : " sous son instigation, la fédération de Bretagne créa une uvre de propagande inspirée des méthodes du Parti Ouvrier Belge", méthodes dont il avait pu avoir connaissance lorsquil résidait en Belgique et dispensait ses cours de criminologie à lUniversité Nouvelle.
Sa vie durant la Première Guerre Mondiale nous est peu connue. On sait quil en passe une partie à Londres et lautre, moins longue sans doute, en Bretagne. Le peu quon sait de cette deuxième nous vient du témoignage quen donne le tout jeune et futur romancier Louis Guilloux (qui devient son secrétaire et le précepteur de ses filles à partir daoût 1917) dans un chapitre de ses mémoires, LHerbe doubli. Hamon héberge son secrétaire, qui est entré en fonction en août 1917 (il ne dit pas depuis combien de temps Hamon était revenu de Londres, mais cest tout au plus quelques mois), dans la maison quil sétait fait construire près de la station balnéaire de Port-Blanc-en-Penvénan.
Guilloux nous trace le portrait dun homme méticuleux à lexcès, qui par exemple garde copie de chacun de ses nombreux courriers, et qui est très absorbé par lécriture de ses Leçons de la guerre mondiale. Il na rien perdu de ses réflexes dhygiéniste : le tabac est bien sûr prohibé, et en matière alimentaire le végétarisme règne en maître incontesté dans son foyer (il cultive lui-même ses légumes tôt le matin). Guilloux va devoir se plier aux habitudes de la maison, et Hamon en profite pour étudier sur lui les effets dun passage sans transition dun régime carné à une alimentation sans viande. " La raison, la logique, la méthode, ces mots-là revenaient sans cesse sur ses lèvres ". Sans quil la cite jamais nommément, Guilloux fait une fois référence à lHN : " Augustin Hamon avait dirigé un temps une revue. Pour cette revue, il avait demandé leur collaboration à de grands écrivains dEurope. Il avait connu beaucoup de monde ".
Dans lentre-deux-guerres, il contribuera à la propagation des idées communistes en Bretagne, bien quencore membre du Parti Socialiste. En 1943 et 1944, il participera à la Résistance, sera inquiété par la police et perquisitionné. Il meurt le 3 décembre 1945, dans sa bourgade dadoption de Port-Blanc, peu après avoir adhéré au Parti Communiste, juste à la Libération. Ses ouvrages ont été traduits en espagnol, en italien, en portugais, en tchèque, en russe et même en arabe.
Charles-Albert
Né à Carpentras (Vaucluse), le 23 novembre 1869, Charles-Albert (alias Charles Daudet) est issu dune famille duniversitaires. Après la fusillade de Fourmies (1er mai 1891), il aurait brièvement adhéré au guesdisme, avant de rapidement se tourner vers lanarchisme.
En 1892, il est correcteur dimprimerie à Lyon. Ensuite, il se met à collaborer à la presse libertaire (La Révolte, les Entretiens Politiques et Littéraires). Lannée suivante, il fonde LInsurgé (organe communiste-anarchiste de la région du Sud-Est). En 1895, il sinstalle à Paris et uvre au renouveau libertaire, après les années de " terreur anarchiste ".
Il se risque à fonder une imprimerie rue Lafayette, où il composera certains numéros du Libertaire de Sébastien Faure et, selon le Maitron, de la Société Nouvelle dont il devient une sorte de co-directeur. Cest vers la même époque quil collabore à LArt Social, journal qui nest pas sans rapport avec LHumanité Nouvelle, puisque Hamon, ainsi ladministrateur de la revue, G. De La Salle, en ont aussi fait partie.
1899 sera pour Charles-Albert une année faste, puisquil fait paraître son Amour libre, largement diffusé en France et à létranger, et quil débute sa collaboration du quotidien pro-dreyfusard de S. Faure : Le Journal du Peuple.
Vers 1912, il délaisse progressivement les thèses anarchistes et envisage une entente avec les socialistes ; pour finalement en 1914 fustiger les pacifistes et se rallier à lunion sacrée.
Dans lentre-deux guerres, reniant sa jeunesse, il se fait le champion dun état fort (notamment dans son livre de 1929, LÉtat Moderne, ses principes et ses institutions ). Pendant la Seconde Guerre, Charles-Albert collabore à La Gerbe, hebdomadaire pro-allemand. Arrêté à la Libération, on le libère peu après.
M. Heyman
On ne sait presque rien de cette personne. Heyman participa au 11ème congrès national corporatif (5ème de la CGT) tenu à la Bourse du Travail de Paris en septembre 1900 et fut le directeur de la très éphémère Humanité Nouvelle, seconde série (1906), dont nous navons retrouvé quun premier numéro (octobre 1906) y en a-t-il eu plus, et combien ? On peut en tout cas en dire que la " rédaction-administration " est localisée à Gand (79, boulevard Lousbergs), et que Heyman a voulu sentourer dun " comité conseil " pléthorique (18 membres), composé de gens dhorizons divers : " Ernest Crosby, Charles Debierre, Guillaume De Greef, Patrick Geddes, Augustin Hamon, Georges D. Herron, Charles A. Laisant, Enrico Leone, Robert Michels, F. Domela-Nieuwenhuis, Edmond Picard, Georges Renard, John M. Robertson, Eugène de Roberty, Georges Sergi, A.-M. Simons, Torrida Del Marmol, E. Van Der Velde [sic] ".
Cette renaissance du périodique pluraliste sera aussi loccasion de réactiver les Éditions de LHumanité Nouvelle, en remettant en vente les anciennes plaquettes et brochures de la 1ère série (en fait, le plus souvent de simples tirés à part de la revue), et même den proposer de nouvelles (Deux tsars, de M. Stromberg, LInternationalisme de Raoul de la Grasserie, Situation politique de la France en 1906 de A. Hamon).
5.2.2 Le secrétaire de rédaction pour la Belgique :
Paul Deutscher
P. Deutscher est né à Bruxelles le 19 août 1872. Au tournant du siècle, aidé en cela de Lalla Vandervelde (épouse du leader socialiste), il soccupe de la Section dArt de la Maison du Peuple. Vers 1906, il est nommé secrétaire du Syndicat des Musiciens, poste quil occupait encore en 1931. Il est un des fondateurs de la section dart et denseignement populaire de la Maison du Peuple, dont il deviendra le secrétaire.
Dans lHumanité Nouvelle, en plus dassurer la charge de secrétaire de rédaction (pour la Belgique), il soccupe de la chronique des revues belges et hollandaises.
Sil collabora à de nombreuses revues belges et étrangères, peu de ses écrits ont à notre connaissance fait lobjet dune publication sous forme de livre.
Il veilla également aux destinées du journal corporatif LArtiste Musicien, dans lequel il continue à défendre les droits des artistes, et entre 1914 et 1918 son effort de guerre le portera à soccuper du Secours Théâtral.
5.2.3 Les secrétaires de rédaction pour la France
Victor-Émile Michelet (1861-1938)
V.-É. Michelet, cet ancien de la Jeune France, de la Revue de Paris et de Saint Pétersbourg et de Psyché, est lauteur dun ouvrage majeur pour lhistoire de loccultisme et de lhermétisme en France dans les dernières années du XIXe siècle, Les Compagnons de la Hiérophanie, dans lequel une partie du mouvement occultiste de la Belle Époque sest reconnue.
On lui doit des portraits de Paul Sédir et de Nicolas Flamel, et il a aussi écrit un Le Secret de la Chevalerie. Michelet fut par ailleurs lun des premiers martinistes de renom (il a été Grand Maître de l'Ordre Martiniste entre 1932 et 1938, année de son décès), titre quil partage avec Barrès, Paul Adam ou Péladan ; il est également considéré comme un disciple dEliphas Levi.
Tout cela explique peut-être que des articles sur le spiritisme soient parus dans LHumanité Nouvelle, car il assumait dans cette revue la fonction de secrétaire de rédaction. En fait, il était tout bonnement directeur de la partie littéraire du journal (à partir de 1899), tout comme Hamon létait pour les matières scientifique, sociologique et politique. On retiendra de lui quil a été un des tout premiers à faire découvrir aux francophones les uvres de Tchekhov et de Gorki traduites en français.
Louis Dumont-Wilden
Louis-Constantin-Henri Dumont-Wilden, alias Jean Brézal, est né le 15 septembre 1875 à Gand, dun père avocat général de souche française et dune mère flamande. Peu de temps après sa naissance, son père étant nommé conseiller à la Cour de Cassation, ils déménagent à Bruxelles.
Pendant ses études de philosophie et lettres à lUniversité libre de Bruxelles (à partir de 1893), il fréquente des condisciples acquis aux idées de gauche (Louis de Brouckère, Paul-Emile Janson, Emile Vandervelde ) ; mais sa famille étant tenaillée par des besoins dargent depuis la mort du père en 1892, il se tourne vers le journalisme et entre à LIndépendance Belge.
Il fut directeur de lhebdomadaire Pourquoi pas ? quil avait fondé avec Georges Garnier et Léon Souguenet et uvra , en compagnie de Grégoire Le Roy et de Georges Marlow, dans la revue Le Masque, ainsi que dans au moins une dizaine dautres périodiques. Mais il entreprend dans le même temps une carrière dans le monde des lettres, cest un conteur et nouvelliste émérite (Visages de décadence, Le coffre aux souvenirs : contes et nouvelles, Coins de Bruxelles, Lesprit européen, Les soucis des derniers soirs).
Il " occupe une place à part dans la littérature contemporaine. Ses essais dénotent infiniment de tact, de doigté et dintelligente érudition ". Ceux-ci couvrent des domaines variés : la Belgique et les villes dart : La Belgique illustrée(préfacé par Verhaeren), Ville d' art de la Belgique, Cités d'art, Bruxelles et Louvain, Amsterdam et Harlem ; mais également les artistes (divers articles et monographies sur Fernand Khnopff et André Cluysenaar), la littérature, les relations belgo-hollandaises (L'Entente hollando-belge), la Guerre Mondiale (LOccupation allemande à Bruxelles racontée par les documents allemands : avis et proclamations, affichés à Bruxelles, du 20 août 1914 au 25 janvier 1915) et, sur la fin de sa vie, les grands monarques.
Dans LHumanité Nouvelle, il est chargé (en plus de ses activités de secrétaire rédactionnel) de la critique des livres, tâche dans laquelle il est aidé par Louis Ernault.
En 1914, il vient sinstaller à Paris où il continue sa carrière de journaliste. À partir de là, il se met à collectionner les honneurs et les titres : de 1925 à 1963, il occupe le 5ème fauteuil (littérature) à lAcadémie Royale de Langue et de Littérature Françaises, puis il sera membre associé de la Section des Sciences Morales et Politiques de LInstitut de France à Paris. Il a aussi été Officier de lOrdre de Léopold et Commandeur de la Légion dHonneur.
Avec Charles Plisnier et Alexandre André, il fonde en 1939 l'hebdomadaire Alerte, afin de susciter dans l'opinion belge un mouvement anti-neutraliste.
Il meurt le 11 décembre 1963, à Rueil-Malmaison.
5.2.4 Le secrétaire de rédaction pour lItalie
Dr
Mario PiloCette personne, dont nous ne savons presque rien, est lauteur de Estetica (réédité en 1998), de Le mie camene : Versi, de Paesagi con figure, de Tra i due poli della vita ou encore dune Psicologia musicale : appunti, pensieri .
Nous avons bien trouvé trace dun Dr Marius Pilo, docteur en sciences naturelles né en 1859, tout aussi intéressé que son quasi homonyme semble-t-il par le sujet de lesthétique (Il problema estetico chez Dumolard à Milan) et poète comme lui. Pourrait-il sagir dune seule et même personne ? Nos recherches nont pu le déterminer.
Notons encore que cette stratégie organisationnelle qui consiste à disposer dun secrétaire de rédaction (et donc surtout dun destinataire pour le courrier) dans un pays de diffusion est un atout internationaliste : cest ainsi que tant de textes si divers, venant dun peu partout, peuvent finalement être réunis dans une même revue ; et dans le même temps, cela ne peut que plaire aux lecteurs de ces pays, qui ont ainsi le plaisir de retrouver un compatriote assumant une fonction au sein de leur revue.
5.2.5 Ladministrateur
Gabriel De La Salle
Gabriel De La Salle dédia sa vie aux arts et aux lettres. Cest ainsi quaprès sêtre égaré quelques temps dans un emploi de comptable, ce fils de gendarme devient libraire (à Paris), puis homme de revues ; nous citerons pour cet aspect de sa vie sa participation à la revue Coup de Feu dEugène Châtelain, car une particularité de cette dernière se retrouvera dans celle que De La Salle fondera plus tard (voir infra): elles sont toutes deux parallèlement une revue et un groupe.
Augustin Hamon sut se souvenir de G. De La Salle lorsquil chercha à qui il pourrait confier la place dadministrateur de LHumanité Nouvelle, mais comment se connaissaient-ils ?
Dabord, ils étaient proches lun de lautre par leur commune origine nantaise. Ensuite, ils ont appartenu à la même loge maçonnique (la Chevalerie du Travail), où ils prendront des positions communes sur des problématiques maçonnes. Enfin, Hamon sétait impliqué à une époque dans un mensuel du nom de L'Art Social, émanation dun groupe éponyme, que De La Salle avait fondé et dirigeait.
Ce périodique aux accointances anarchistes bien quhétéroclite sur le plan idéologique (on y repère des références socialistes) connût 26 numéros de novembre 1991 à février 1994. Par la faute des attentats anarchistes, De La Salle est arrêté en mars, ce qui cause larrêt de la revue, qui ressuscitera pour encore six numéros entre juillet et décembre 1896, et assumera avec dautant plus de vigueur son option anarchiste que De La
Salle devait encore garder rancur de son emprisonnement, même sil fut de courte durée. Cest dailleurs cette même année quil représente la Bourse du Travail de Rennes au comité fédéral de la fédération, ce qui dénote une volonté dengagement social.
Il a aussi milité, vers 1888, avec les possibilistes de la F.T.S.F. (Fédération des Travailleurs Socialistes de France) ; puis sest marié et a eu trois enfants. Il est mort le 23 avril 1914.
Pour approfondir et préciser les relations entre De La Salle et Hamon, il faudrait consulter les archives Hamon déposées à l'IISG d'Amsterdam, dans lesquelles on trouve de nombreuses missives de De La Salle à Hamon.
5.2.6 Léditeur
Schleicher Frères (Paris)
Il a publié certains anarchistes, par exemple trois volumes de la correspondance dElisée Reclus (où il nest pas fait mention de la Société Nouvelle) et un livre sur Fernand Pelloutier ; mais aussi des uvres de K. Marx, de la poésie (les Poèmes pernicieux de Paul Bay, co-édité avec lImprimerie générale de Mons en 1911). G. De Greef, collaborateur de la SN et professeur à lUniversité Nouvelle, y a fait paraître son Inconnaissance dans les problèmes de philosophie positive, en 1900. On trouve 618 ouvrages de cet éditeur sur le CCFr.
Signalons limportant un conflit qui a surgi entre Hamon et léditeur de lHumanité Nouvelle, et qui est sans doute une raison majeure de larrêt anticipé de la revue, après seulement six ans de parution. Pour une brève mise en perspective du procès qui sensuivit, reportez-vous au chapitre 5.2.1 consacré à A. Hamon, p. 116.
5.2.7 Les principaux diffuseurs
C. Reinwald (Paris)
En-dehors des références de quelques ouvrages que ce libraire a édité, nous ne savons pour ainsi dire rien de Reinwald. Citons Histoire des monstres depuis l'antiquité jusqu'à nos jours du Dr Ernest Martin (1880), les Poems and essays dE. A. Poe (coédité par Bernhard Tauchnitz de Leipzig et The Galignani Library) en 1884 et, en collaboration avec léditeur Schleicher, La Commune de Paris au jour le jour, 1871, 19 mars - 28 mai (1908), journal quÉlie Reclus a tenu durant les événements insurrectionnels qui affectèrent la capitale française.
Spineux (Bruxelles)
Nous navons rien trouvé sur la librairie Spineux. Retenons que La Bibliographie de Belgique : Journal Officiel de la Librairie indique que Spineux et Cie était éditeur de la série suivante (seconde SN), mais les couvertures de cette période ne reprennent que Albert Harvengt, Schleicher et Marcel Rivière comme éditeurs.
5.2.8 LimprimeurImprimerie Deslis Frères (Tours)
Cet imprimeur est situé au 6, rue Gambetta, à Tours, dans lIndre-et-Loire. Nous ne savons pas pourquoi il fut choisi pour imprimer lHN. Peut-être Hamon le connaissait-il pour lune ou lautre raison. Après tout, il nétait séparé du pays nantais cher à Augustin que par le département du Maine-et-Loire.
Deslis Frères ont imprimé des ouvrages pour le compte d éditeurs parisiens : le Mercure de France (Connaissance de l'Est de Paul Claudel ; Lettres à Angèle, 1898-1899, André Gide, 1900 ; Le Roman du lièvre de Francis Jammes, 1903), la Librairie académique Didier Perrin et Cie (Vers et Prose : morceaux choisis et La Musique et les Lettres : Oxford, Cambridge, 1895 ; tous deux de Mallarmé).
5.2.9 Liste des collaborateurs
Les * signalent les personnes ayant écrit dans le numéro unique de LHumanité Nouvelle de 1906. Nous avons, pour obtenir cette liste, uniquement consulté les tables mensuelles de la revue, car les tables semestrielles (et non plus trimestrielles, comme pour la SN) sont confuses : elles reprennent aussi bien, sans faire la distinction, les auteurs darticles que ceux des ouvrages critiqués ! À ce titre, elles sont néanmoins utiles, pour qui voudrait faire une recherche " en texte intégral " sur toute la série de lHN. Notons que ces tables sont accompagnées de tables par sujets.
Abrami, Léon
Agresti, Antonio
Albert, Charles, voir Charles-Albert
Allen, Grant
Ameline, (Dr)
Americus
Andrews, J. A.
Aranoff, Ch.
Armand, E. *
Austruy, Henri
Bailly, Edmond
Baissac, Jules
Bajer, Frédéric
Ballaguy, P.
Bancel, A. D.
Bang, Herman
Barbier, Ch.
Barnavol, E
Baroja, Pio
Baronian, J. -J.
Bazalgette, Léon
Beesly, E. S.
Benjamin-Constany, André
Bérenger, Henry
Bloch, J.
Block, Maurice
Boborykine, P.
Bonomeli, M.
Borchardt, Julian
Borde, Frédéric
Borghèse, Scipione (Prince)
Bourgault du Coudray, Ch.
Briat, E.
Brunellière, Charles
Bull, John
Bureau, Paul
C. de P.
Cammaerts, E
Cantone, M. -A.
Catellani, E.
Charles-Albert
Charlier, Gustave
Carpenter, R.
Charnay, Maurice
Cheliga, Marya
Chirac, Auguste
Chwatowa, S.
Cladel, Judith
Calajanni, N.
Colins de Ham, J.-G. de (Baron)
Corday, Michel
Corn, Marie
Cornelissen, Christian
Cornelissen-Rupertus, L.
Corsi, Carlo
Corvus, Mathias
Cosentini, Francesco (Pr)
Cossa, P.
Cotar, M.
Coucke, Jules
Couraud, Valentin
Couturier
Crane, Walter
Crosby, Ernest
Cuvillier, Alb.
DAlméras, H.
DAnnunzio, Gabriele
DAraujo, Oscar
DArry, Nelly
DEwreinoff, Anna
DOutremer, Jean
Dagan, Henri
Danish, Hussein
Dallemagne, Jules (Dr)
Darrow, Clarence S.
Dave, Victor
Dayot, Armand
De Beaurepaire-Froment
De Braisne, H.
De Carvalho, Xavier
De Colleville (Vte)
De Gamond, I. Gatti
De Gérando,Antonine
De Gerlach, H.
De Gourmont, Remy
De Greef, Guillaume
De La Grasserie, Raoul
De La Salle, Gabriel
De Marès, Roland
De Mathuisieulx, H. M.
De Potter, Agathon
De Poupourville, A.
De Rampan, Adolphe
De Roberty, Eugène
De Rosny, Léon
De Royaumont, Louis
De Rudder, A.
De Seilhac, L.
De Souza, Raoul
De Valcombe, M.
De Zepelin, Fritz
Debski, A.
Delbos, Léon
Delesalle, Paul
Delsol, Pierre
Demblon, Célestin
Deniker, J.
Denis, Hector
Denis, Léon
Des Ombiaux, Maurice
Descamps, Désiré
Descaves, Lucien
Deslinières, Lucien
Destrée, Jules
Détré, Ch.
Deutscher, Paul
Diplomaticus
Dolent, Jean
Dolléans, Édouard
Domela Nieuwenhuis, Ferdinand
Dorado, P.
Dorian, Tola *
Doubinsky, Maxime
Drachmann, Holger
Dubois, Jeanne *
Dubois-Sesaulle
Dufresne, A.
Dumont, Hermann
Dumont, Louis
Dumont-Wilden, Louis
Durand de Gros, (Dr)
Durkheim, Èmile
Dwelshauvers, Georges
Eekhoud, Georges
Eff, J. M.
Ellis, Havelock (Dr)
Emilio
Eminescou, Mihail
Ernault, Louis
E. S.
Esse, Elehard
(Les) Ètudiants Socialistes
Internationalistes
(Les) Ètudiants Socialistes
Internationalistes Révolutionnaires
Fages, C.
Ferri, Enrico
Fèvre, Henri
Folkmar, Daniel (Pr)
Folkmar, Elnora C.
Fontainas, André
Fort, Paul
Fouillée, Alfred
Franck, F.
Freistein, (Mme)
Fua, A.
Fuss, G.
Gaboriau, A. (Dr)
Gaboriau, Hélina
Garreau, L.
Geddes, P.
Geffroy, Gustave
Gener, Pompeyo
Gheude, Charles
Gilkin, Iwan
Girod, Paul (Dr)
Glasse, John
Goaziou, Louis
Godefroy, E. *
Gorki, Maxime
Grandjean, Valentin *
Grave, Jean
Gressent, G.
Griffuelhes, V.
Grün, Anastasius
Guetant, Louis
Gumplowicz, Ladislas
Guyot, Yves
Haber, Vekoslav
Halm, F.
Hamon, Augustin
Hamon-Rynenbroeck, Henriette
Heiberg, Gunnar
Henckell, Karl
Hennebicq, José
Hennebicq, Léon
Henry, A.
Hérold, A.-F.
Hirsch, Paul-Armand
Horta, Victor
Hudry Menos, J.
Hugues, Clovis
Hyde, Douglas
Ingegnieros, José
Intérim
Jacobowski, Ludwig
Jacobsen, J. -P.
Jean, Lucien
Jerrold, A.
Jerrold, A. L.
Jerrold, Laurence
J. K.
Karmor, Iann
Katayama, Sen Joseph
Katzenstein, Simon
Keir Hardie, J.
Kernic, Ivan
Khnopff, G.
K. N. G.
Kobold
Korolenko, W.
Kozlowski, W. -M.
Kropotkine, Pierre
Krysinska, Marie
Lande, Georges
Lantoine, Albert
Lasserre, P.
Lauby, B. -H.
Laupts, (Dr)
Laurent, Camille
Lavroff, Pierre
Le Foyer, Lucien
Leakey, James
Lebesgue, Philéas
Leblond, Marius-Ary
Leconte, Sébastien-Charles
Lejeal, Gustave
Lemonnier, Camille
Lencou, Hippolyte
Lestelle, Louis
Letourneau, Charles
Letuvis, A.
Levengard, Pol
Lima, Magalhaes
Lindley, Ch.
Loëvy, Edward
Lombroso, Cesare
Loock, A. -N.
Loria, A.
Loyson, Paul-Hyacinthe
Luguet, Marcel
Lum, Dyer D.
L. W.
Macleod, Fiona
Mac Pherson, F.
Mac Pherson, M.
Magura, Ion
Maillet, G.
Maître, Léonce
Mali, Marie
Mangé, N.
Mann, Tom
Maragall, Joann
Marazzi, Fortunate (Comte)
Marculescu, Gh.
Mardrus, G. C. (Dr)
Mariel
Mario, J.
Martel, Tancrède
Marx, Karl
Maschtet
Matthews, Washington
Mayer, Gustav (Pr)
Mazzini, P.
M. D.
Meddor, Dina C. P.
Mella, Ricardo
Merlino, Saverio
Mertens, Bertha
Mesnil, Jacques
M. G.
Michelet, Victor-Émile
Michels, Robert (Dr)*
Moeller, Tyge
Monseur
Montefore, Dora -B.
Morant, Amy -C.
Morel, Eugène
Morice, Charles
Muffang, H.
Mullem, Louis
Nadar
Nadson, S.
Naquet, Alfred
Nasadowski, Fr.
N. G.
Nikitine, N.
Novicow, J.
Nys, E.
Ohanessian, Zabel
Payen, Louis
Pelloutier, Fernand
Pelloutier, M.
Perez Jorba, J.
Petchersky, André
Petrascu, N.
Picard, Edmond
Picard, Robert
Pilo, Mario
Pinardi, A.-G.
Pinardi, G.
Pioch, Georges
Platt, William
Pletti, Alphonse
Politikos
Polti, Georges
Potier, Edmond
Pourot, Paul
Prochazska, A.
Quiñones, Ubaldo R.
Rakovsky, K. (Dr)
Ramaekers, G.
Rambosson, Yvanhoe
Randon, Gabriel
Rapisardi, Mario
Raymond-Duval
Reclus, Élie
Reclus, Élisée
Reclus, Maurice
Régamey, Félix
Reibrach, Jean
Reinick, Rob.
Réja, Marcel
Remy, L.
Renard, Georges
Renaud, Elizabeth
Rethel, Jean
Retté, A.
Ribert, Léonce
Richard, L. -R.
Richet, Charles
Rius, M.
Riza, Ahmed
Rizal, José (Dr)
Robin, Paul
Rodenbach, Georges
Roels, Edgard
Roinard, P. N.
Roorda Van Eysinga, H.
Royer, Clémence
Russel Wallace, A.
Ruz, Albert
Ryner, Han
Sabin, Mony
Samaja, Nino
Sand, René
Sand, Robert
Saurin, Daniel
Savine, Albert
Schalk de la Faverie, A.
Scheffer, Robert
Schmitt, E.-H.
Schmitt, Jean E.
Schreiner, Olive
Segard, E. (Dr)
Sellen, Francisco
Sempau, Ramon
Shaw, Georges Bernard
Sibiriak
Sighele, Scipio
S. L.
Snow, G. H. U.
Sorel, Georges
Sorgue
Spectator
Stackelberg, Frédéric
Starcke, C. N.
Stein, Robert
Stromberg, Marie
Tchekhov, Anton
Tchelovek
Thébault, Eugène
Thompson, A.
Tolstoï, Léon
Totomiantz, V. (Dr)
Trarieux, G.
Trève, Jacques
Treves, Angelo
Tschedrine
Ugarte, Manuel
Uhland, Ludwig
Ursin, N. R. af
U. Z.
Vailland, Edouard
VandePutte, H.
Van Den Boren, Ch.
Van Der Voo, B.
Van Eeden, Frédéric
Van Kol
Van Ornum, William-Henry
Vandervelde, Èmile
Vandervoo, G.
Vérecque, Charles
Verhaeren, Èmile
Verheyden, P.
Vernes, Maurice (Dr)
Vierset, Aug.
Vinck, E.
Virrès, Georges
Von Der Traum, J.
Von Egidy, M.
Walczewski, Z. R.
Wallace, Russel A.
Walter-Jourde, J.
Wedar, S.
Winiarski, L.
Winter, Léon (Dr)
Xavier de Ricard, L.
Yeats, William Butler
5.3 La Société Nouvelle : Revue internationale, seconde série
(juillet 1907 décembre 1913)
Cette seconde série est le fruit dune collaboration franco-belge (une partie des bureaux se trouvant à Mons, au 11 rue Chisaire ; et lautre, dont soccupera le secrétaire de rédaction pour la France, Henri Bonnet, au 28 rue Vauquelin, à Paris). Si nous navons pas eu le temps den examiner la genèse en détails, nous savons néanmoins que cest à Jules Noël, colinsiste " pur et dur " et donc très apprécié de la dernière survivante du clan Brouez (Victorine, la mère de Fernand), quon doit la résurrection de la Société Nouvelle et qui la dirige, aidé par Léon Legavre et Louis Piérard.
Selon Rens et Ossipow, son but était de reprendre " à son compte le désenclavement du colinsisme " , ce qui chez lui passe plus par une certaine vulgarisation du dogme que, comme çavait été le cas avec Fernand Brouez ou A. Hamon, par une ouverture à tout crin à la multiplicité des tendances dites progressistes, qui pour autant ne sont pas écartées des colonnes de la revue : il savère en effet que les signatures récurrentes (y compris non colinsistes) quon y trouve étaient pour une bonne part déjà présentes à lépoque de LHumanité Nouvelle. Dailleurs, cette nouvelle série se place sous le patronage de penseurs ou de théologiens aussi différents que Lamennais et Bonald, Proudhon et Leroux, Aristote et De Maistre.
Il semblerait que Jules Noël soit parvenu à récupérer un fichier de lecteurs (de lHN via Hamon ? de la première SN par lentremise de Victorine Brouez ?), car nous avons trouvé, glissé dans lun des n° 1 de la deuxième SN (juillet 1907) que nous avons eus entre les mains, un carton où il est écrit " Nous prions instamment les personnes qui ne désirent pas sabonner à La Société Nouvelle et qui reçoivent le présent numéro de bien vouloir nous le renvoyer ". Cette mention prouve que la rédaction du nouveau journal cherchait à manifester son existence auprès danciens lecteurs de lune ou des deux revues qui lont précédée, sous la forme dun envoi promotionnel, ce qui est un moyen parmi dautres de se constituer un lectorat.
En outre, cela pourrait laisser penser que les moyens financiers du nouveau journal étaient plus réduits que par le passé, puisque la rédaction demande à ce quon lui réexpédie le numéro offert si lon ne sabonne pas. Cest sans doute Victorine Brouez qui finance la revue (en tout cas, cest elle qui paie J. Noël), mais peut-être est-elle moins à laise financièrement que du vivant de Jules Brouez ?
J. Noël et ses amis usaient-ils dun autre moyen pour sattirer des lecteurs ? Parfois, les collaborateurs eux-mêmes se proposent de trouver un nouveau lectorat.
*
Sur la couverture du n°1 de juillet 1907, il est écrit que la SN est dans sa " 13ème année 2ème série ", ce qui révèle demblée que cest bien à la 1ère SN (qui ne vécu douze années et trois mois) quon veut faire suite. Sans cette mention, il aurait pu y avoir confusion : si le but affiché de LHumanité Nouvelle était bien de succéder à la Société Nouvelle, celui de la seconde Société Nouvelle nest pas de continuer LHumanité Nouvelle, même si (outre les collaborateurs qui restent en dépit de toutes les évolutions) certains détails montrent une volonté de filiation. Comme par exemple, la vignette qui de juillet 1910 à octobre 1913 orne le bas de la couverture de la SN et qui, du temps de LHumanité Nouvelle, se trouvait au centre de la quatrième de couverture. Mais incontestablement, le seul choix du titre " La Société Nouvelle " pour la nouvelle revue ne peut tromper. Dailleurs, larticle liminaire du premier numéro parle pendant deux pages entières de la première SN, citant les écrivains qui ont fait son renom et jurant de se " conformer au plan quil [Fernand Brouez] a suivi " ; et accorde seulement huit lignes à Hamon et à LHumanité Nouvelle, et aucune pour la tentative de M. Heyman de refaire paraître LHumanité Nouvelle en 1906 !
Cest aussi à partir de juillet 1910 que les bureaux montois de la rue Chisaire adoptent la dénomination d" Imprimerie Générale " (est-ce à dire que la revue est imprimée sur place ?). La Bibliographie de Belgique : Journal Officiel de la Librairie nous dit que cest à cette adresse que siégeaient les services de la direction et de la rédaction.
" Marcel Rivière, 31 rue Jacob à Paris ", est quant à lui désigné sur les couvertures comme éditeur de la SN ; mais ce dernier sera remplacé un an plus tard (en juillet 1911) par Schleicher Frères, éditeurs sis au 8 de la rue Monsieur-Le-Prince, dans le VIe arrondissement.
En novembre 1912, ce sont H. Bonnet (Chaussée dIvry par Ivry-la-Bataille, dans lEure) et Jules Heyne (49 rue Bargue, Paris, XVe) qui viennent occuper la charge de secrétaires de rédaction de la SN pour la France. Le directeur en est Jules Noël (133 Boulevard Saintelette, Mons), par ailleurs directeur de lhebdomadaire montois La Terre (apparemment distribué moins largement que la SN, peut-être uniquement dans le Borinage ?), dont le groupe " a déjà plus de contacts avec le Parti Ouvrier " (ce qui peut se concrétiser par une double appartenance) que la rédaction de la Société Nouvelle, journal qui nest même pas cité par J. Puissant, ce qui laisse entendre quil ne considère pas que la SN ait joué un rôle dans le mouvement ouvrier borain.
La mention déditeur concerne Albert Harvengt (13 rue Chisaire, Mons), qui est aussi limprimeur de la SN, par lentremise de lImprimerie Générale dont il assume la direction).
Cette série de La Société Nouvelle est diffusée dans les pays suivants : France, Pays-Bas, Suisse, Angleterre, Espagne, Italie (voir annexe 9.8).
5.3.1 Le directeur
Jules Noël
À ne pas confondre avec le peintre français homonyme (1815-1881), cet instituteur montois et fervent colinsiste, de son vrai nom est Jehan Maillart, est lauteur de quelques livres théoriques (La Liberté de la pensée en 1905, Pourquoi nous sommes socialistes en 1906 et LAthéisme, base rationnelle de lordre en 1910) et surtout de maint articles, qui traitent en général de religion, de politique, et bien sûr du socialisme rationnel (une monographie sur Colins). Ses écrits de sociologie on un " style nerveux et mordant ".
On lui également des Contes chimériques et des pièces de théâtre, comme Les gardiens du feu ou Yolaine. Cette dernière, selon Gauchez, est une " uvre étrange, bizarrement contournée, excessivement significative des influences scandinaves et symboliques, mais belle de cette particulière distinction de mystère et détrangeté quont certaines fleurs exotiques et troublantes " et luvre préférée de son auteur.
On ne sait trop comment il est venu au colinsisme, mais il est attesté par une lettre de F. Borde à H. Bonnet quà partir de 1901 il démissionne de ses fonctions à léducation nationale pour se faire propagandiste à plein temps du socialisme rationnel, grâce à une pension que lui alloue à cet effet la veuve Brouez.
Il a deux frères, à savoir le poète et peintre Abel Noël, quil a conquis au socialisme rationnel et qui écrira dans la SN entre 1907 et 1914 ; et Gustave, militaire puis pharmacien.
Le fonds Hamon du Centre dHistoire du Travail (CHT) de Nantes compte une vingtaine de lettres de lui pour la période 1906-1913.
5.3.2 Le secrétaire de rédaction pour la Belgique
Léon Legavre
Hennuyer dorigine et aîné dune famille de six enfants, né à Nimy en 1874 de lunion de Jean Charles Legavre avec Andrée Adolphine Huart, il meurt en 1949.
Entré à la seconde SN pratiquement dès quelle se crée, il la quitte entre juin et juillet 1910, semble-t-il en bons termes avec le reste de la rédaction : " Notre ami Léon Legavre quitte La Société Nouvelle. Nous nous souvenons avec émotion des luttes soutenues en commun à La Terre et cette revue quil nous a aidée à faire revivre. Nous lui témoignons ici toute notre reconnaissance ". Le moment de cette séparation est à mettre en corrélation avec certains changements éditoriaux (Marcel Rivière en devient léditeur, la couverture change légèrement). Nous ne savons pas la raison de ce départ. Quoiquil en soit, elle ne semble pas être dordre idéologique, car il devient le porte-parole belge du mouvement, au moins jusquà la Première Guerre.
Plus tard, il sera à la tête des éd. de lÉglantine à Bruxelles et deviendra critique littéraire au Peuple. Si Legavre est lauteur dun pamphlet relatif à la mort de lanarchiste espagnol F. Ferrer et dun texte offrant un point de vue colinsien sur La Femme dans la société, il est généralement évoqué pour son travail de poète (Les Deux routes en 1904, Poèmes de la vie rustique en 1926, Poèmes en Brabant en 1935). M. Gauchez parle dailleurs avec éloge de sa production lyrique (dans sa rubrique " Masques littéraires belges " de LHumanité Nouvelle), où il perçoit des influences verhaeriennes.
Une seconde raison de se souvenir de lui est à trouver dans ses nombreuses participation à des journaux et revues (plus dune trentaine). Citons celles quil a fondées : La Verveine (avec Louis Goffint), en 1898, dont il a été secrétaire de rédaction ; le mensuel LIdée Libre (avec Paul Germain).
Victor Dave
Né à Jambes, près de Namur, le 25 novembre 1845, V. Dave est le fils dun président de la Cour des Comptes. Il fit ses études à la Faculté des Lettres de Liège, puis à lUniversité Libre de Bruxelles. Très jeune, il manifeste un engouement durable pour les théories anarchistes et les libres-penseurs. En 1865, il participe au Congrès International des Étudiants Socialistes de Liège. Deux ans plus tard, il devient adhérent de lAIT (Association Internationale des Travailleurs Première Internationale) pour rapidement être accepté dans la conseil général de la fédération.
Il collabore à divers journaux, francophones (Le Peuple de Bruxelles) ou néerlandophones (De Vrijheid de La Haye).
Il participera aux congrès de lInternationales des Travailleurs en 1872 de La Haye (où avec les partisans de Bakounine il sopposera aux marxistes) et 1873 de Genève. La même année, il sera de linsurrection cantonaliste de juin-juillet. En 1978, il se fixe à Paris, avec une demoiselle Archambault quil a épousée entre temps. En 1880, il est expulsé et trouve refuge à Londres. Après quelques années dexil, assez agitées dans lensemble (il purge deux ans de travaux forcés en Allemagne après avoir été condamné pour trahison), il peut enfin revenir en France.
Cest alors quil trouve à semployer auprès de la maison Schleicher frères, où il soccupera de traductions de lallemand, et par lentremise de qui il devient secrétaire de rédaction de LHumanité Nouvelle, après y avoir placé un important article sur " Marx et Bakounine ".
En 1903-1904, il soccupera avec Alfred Costes de la publication de la Revue Générale de Bibliographie Française. En 1914, il se rallie au camp des anarchistes kropotkiniens, et sera en février 1916 un des signataires du Manifeste des Seize, par lequel certains libertaires exprimèrent leur choix de se ranger dans la camp des Alliés, nonobstant leur anti-étatisme de principe.
Après la mort de sa femme en 1909, il entre comme correcteur à limprimerie de la Chambre des députés, puis chez léditeur Letouzey et Ané. En 1911, il se fait membre du syndicat des correcteurs et teneurs de copie.
En comparaison dautres personnes qui ont assumé des fonctions au sein de la SN ou de lHN, on voit quil a peu écrit (relevons des préfaces et une notice biographique de Fernand Pelloutier) ou traduit (notons celle de Comment sest déclenchée la guerre mondiale de Kautsky, en 1921, pour les éditions Costes).
Il est mort le 31 octobre 1922 à Paris et a été incinéré au Père-Lachaise.
5.3.3 Les secrétaires de rédaction pour la France
Henri Bonnet
Le parisien H. Bonnet, officier dans larmée française, (suivant en cela la carrière Colins, mais pas au même grade : capitaine, alors que son mentor avait été colonel dans larmée napoléonienne), vint au socialisme rationnel par lentremise de son ami Frédéric Borde. Cest pourquoi il écrivait depuis longtemps déjà dans la Philosophie de lAvenir quand il rentre à La Société Nouvelle, deuxième mouture, où il uvrera dès le premier numéro, en juillet 1907. Il sy occupera notamment, quoi que sporadiquement, de la " Chronique sociale ".
Au vu de ce parcours, on est tenté de se dire quen le recrutant Jules Noël cherchait à accentuer encore la teinte colinsiste " pure et dure " quil voulait pour sa revue.
H. Bonnet est lauteur de Le Progrès spirituel dans luvre de Marcel Proust.
Jules Heyne
Cet écrivain français, ancien collaborateur de Manuel Devaldès et de Francis Norgelet à la Revue Rouge, entre à la SN en 1910. Il y tient la rubrique " Chronique de Paris ", en collaboration avec un certain docteur Audax, et en est un des secrétaires de rédaction.
5.3.4 Ladministrateur
Louis Piérard
Né à Frameries le 6 février 1886, mort à Paris le 3 novembre 1851, cet hennuyer, comme tant dautres responsables de La Société Nouvelle avant lui, est aussi passé par lUniversité de Bruxelles (sciences sociales en 1903-1904).
Entré dès dix-neuf ans dans le monde du journalisme, il est lauteur de maint ouvrages consacrés à des peintres (Van Gogh, Manet, Félicien Rops), des écrivains (Max Elskamp et Romain Rolland), des compositeurs (Verdi) ; mais plus que tout à son cher Borinage natal. Ses contemporains voyaient en lui " lune des personnalités les plus agissantes du parti socialiste au sein duquel il défend, notamment, les artistes et les uvres de relèvement. À la Chambre, ses interventions sont nombreuses. ( ) Il intervient surtout dans la politique extérieure, léducation populaire, les questions littéraires et artistiques, la défense des sites et le problème linguistique ".
Il cumule à plaisir les charges honorifiques : " président du Conseil supérieur de léducation populaire, ( ) du Club des écrivains belges, de la section dart du P.O.B., de la Fédération nationale des universités populaires, vice-président de la Ligue pour la défense des droits de lhomme et de la Ligue de lenseignement ". Il est aussi fondateur du Pen Club et reçu le Prix Quinquennal du Hainaut. En outre, il jouera à plusieurs reprises le rôle dorateur aux conférences de la Section dArt de la Maison du Peuple.
Il sera administrateur de la SN entre 1907 et 1911 (et écrira encore dans la dernière version de la revue, en 1913-1914). Il uvrera également dans bien dautres revues, comme LAntée (quil fonde), Le Passant (quil dirige en collaboration avec André Blandin), LUniversitaire Socialiste ou le mensuel LAvenir Social, mais sans laisser un grand souvenir pour ce dernier : " dans la première période, les articles littéraires sont confiés à Louis Piérard. Ce sont des chroniques sans originalité ni prise de parti ".
Ces quelques titres ne représentent quune infime parcelle de son implication dans les revues et journaux de son temps, car ce fervent homme de presse collabora à près de cent-cinquante périodiques, belges, français et même américains.
Sur le plan littéraire, il sera tour à tour poète et conteur, mais on retiendra aussi les reportages de voyages quil retirera de ses pérégrinations de globe-trotter : dans toute lEurope, en Amérique, du Sud et du Nord, en Afrique, au Moyen-Orient. Pendant la Grande Guerre, ses écrits prendront une teinte patriotique.
Notons enfin quil a eu pour correspondants plusieurs sommités françaises et belges (Guillaume Apollinaire, Maurice Barrès, Léon Bazalgette), ainsi que le montre la partie de sa correspondance qui a fait lobjet dune publication.
Avec Noël et Legavre, il est de léquipe qui ressuscite la SN en 1907. Sa fille juge que cest en soccupant de cette revue (et de lAntée) quil " est entré en relations et en amitié avec un si grand nombre de correspondants français ".
5.3.5 Les éditeurs
Albert Harvengt (Mons)
Bien quayant consulté plus dun ouvrage de référence (la Biographie du Hainaut dErnest Matthieu, Les Imprimeurs montois de Poncelet et Matthieu ), nous navons rien appris sur cet éditeur. Nous savons juste quil a été gérant de lImprimerie Générale de Mons (voir chap. 5.3.6) à partir du 18 mars 1906, succédant à Jules Noël, le précédent gérant.
LInventaire de la presse du Hainaut nous apprend quil a aussi imprimé dautres périodiques hennuyers, que ce soit de la presse professionnelle et publicitaire le Journal des Artisans du Bois (à partir de 1914) ou estudiantine le Mercure Déchaîné et Mons Mines (tous les deux dès 1925).
Schleicher Frères (Paris)
Des contacts relativement soutenus ont semble-t-il existé entre cet éditeur et lImprimerie Générale montoise : en sont témoins les ouvrages issus de leur collaboration (par exemple, Vers l'éducation humaine : la Laïque contre l'enfant de Stephen Mac Say en 1911ou Baudelaire en Belgique par Maurice Kunel en 1912) ; mais lhistoire de leur rencontre ne nous est pas connue.
Marcel Rivière (Paris)
La Librairie et maison d'édition Marcel Rivière & Cie, créée en 1902 à Paris, jouissait d'une réputation solide dans les disciplines scientifique et historique, en philosophie et en psychologie, et dans les sciences économiques, politiques et sociales. Le fondateur de la librairie, Marcel Rivière, était aussi à lorigine du Bouquiniste Français, une organisation de défense des intérêts des libraires. Il mourut en 1948 à l'âge de 76 ans.
On peut dire de cet éditeur, au vu de son catalogue, quil sinscrit dans une mouvance progressiste, puisque non content davoir fait paraître La Société Nouvelle, il a par ailleurs édité nombre duvres de Proudhon, ou encore le livre de David Owen Evans, Le socialisme romantique : Pierre Leroux et ses contemporains (1948).
Ses liens avec la SN ne se limitaient pas à en assurer lédition, il a également publié, en 1909, une brochure de 72 p. de Léon Legavre (secrétaire de rédaction pour la Belgique de
la SN) co-éditée avec La Société Nouvelle, écrite en réaction à lexécution dun anarchiste espagnol bien connu : Un crime social : lassassinat de Francisco Ferrer ; et en 1910, une plaquette de 32 pages tiré à part de la revue (Henri Gustave Guyot, Flaubert : du rôle que l'intelligence a joué dans sa vie et dans son uvre). Nous navons plus trouvé trace douvrages de collaborateurs de la revue paraissant chez Rivière après 1911, année de lultime métamorphose de La Société Nouvelle au cours de laquelle Schleicher Frères prendra la place de Marcel Rivière comme éditeur de notre mensuel colinsien.
La SN nétait pas la seule revue que Rivière éditait, celle qui est restée la plus célèbre est peut-être la Revue d'Histoire Économique et Sociale (RHES), dont de nombreuses archives se trouvent aussi dans le fonds de lIISG.
Nous navons pas poussé plus loin lexploration de cette piste, mais nous savons que les archives de la maison Rivière (8 mètres 15 courants) ont été acquises depuis 1995 par lIISG dAmsterdam, et que leur consultation ne connaît pas de restriction extraordinaire.
Nous navons pu tirer que de maigres informations de son inventaire sommaire en ligne. Bien sûr, il faut se rendre sur place si on veut en extraire un maximum de données utiles. On y trouve beaucoup de dossiers dauteurs, mais aussi dautres qui " peuvent contenir : de la correspondance entre auteur et éditeur, entre la maison Marcel Rivière et d'autres maisons d'édition, de la correspondance avec les héritiers d'auteurs, avec des traducteurs, des pièces concernant les droits de traduction et d'auteur, des contrats, des honoraires, des manuscrits ou des textes dactylographiés, des notes, des tirages, des commandes, des comptes-rendus, de la documentation sur les auteurs, etc. ". Tous documents potentiellement instructifs, mais pointons plus précisément ceux qui datent de la période où Rivière éditait la SN.
5.3.6 Limprimeur
Imprimerie Générale (Mons)
Nous navons rien trouvé sur cet imprimeur dans Les Imprimeurs montois de Poncelet et Matthieu. LAnnuaire général de la presse belge, des principaux journaux étrangers et des industries qui sy rapportentde Georges Gardet ne fait que nous donner son adresse : 34, rue Malplaquet.
Voir aussi chap. 5.3.5 sur Schleicher Frères.
5.3.7 Liste des collaborateurs
Nous reprendrons dans ce chapitre la liste des collaborateurs de la deuxième et de la troisième Société Nouvelle, car cette dernière nayant duré que six mois, et comme sur cette période il ny a que très peu de nouveaux collaborateurs ; il nous semble peu approprié de
présenter ceux-ci à part.
Abel, Gustave
André, Paul
Andréief, Leonid
Ariel
Armand, Émile
Audax (dr.)
Baekelmans, Lode
Bare, Jean
Barnavol, Auguste
Barrau, Auguste
Bay, Paul
Bazalgette, Léon
Bazile, Georges
Beaubourg, Maurice
Beck, Christian
Belot, Georges
Benedictus, Willy
Beneletty, W. -J.
Berger, Octave
Bern, Paul
Bernard, Jean-Marc
Bernard, Serge
Bernstam, L. G.
Bertrand, Max
Bertrand-Mertens, Bertha
Bertrand-Mertens, Max
Besseleers, Clément
Bock, Jules
Bocq, Jules
Bocquet, Léon
Bogdanow, A.
Bogdanow, G.
Bohas, J.
Boissy, Gabriël
Bokhanowski, T.
Bonnerot, Jean
Bonnet, Henri
Boumy, Adolphe
Briand, Charles
Brieu, Jacques
Broodcoorens, Pierre
Bruneteaux, Léon
Buscher, Gustav
Buysse, Cyriel
Cantillon, Arthur
Canudo, Ricciotto
Carrere, M.
Chandler, Stéphanie
Chapelier, Émile
Chaleville, Jacques-L.
Chassé, Charles
Chenevier, Albert
Chennevière, Georges
Cheunevière, G.
Chervet, A.
Chignac, Alexandre
Chot, Joseph
Clary, Jean
Claux de Nuy
Colin, Paul
Colins de Ham, J.-G. de (Baron)
Collin, B.
Conrardy, Charles
Cornelissen, Christiaan
Cornez, Georges
Cornez, Paul
Couprive
Courouble, Léopold
Couture, J.
Dagan, Henri
David, Alexandra
De Bersaucourt, Albert
De Bouhélier, Saint-Georges
De Bray, Dominique
De Brouckère, Gertrude
De Brouckère, Louis
De Castro, Guillen
De Gaultier, Jules
De Geynst, Joseph
De Gourmont, Jean
De Grave, Élie
De Greef, Guillaume
De La Grasserie, Raoul
De Lamennais, Félicité
De Marmande, René
De Miomandre, Francis
De Mont-Saint-Jean, Maurice
De Roberty, Eugène
De Saegher, Gabrielle
De Souza, Robert
De Spengler, F.
De Villeneuve, René
Delattre, Louis
Delaunay, Berthe
Delaunoy, Georges
Deloyers, Henri
Del Palacio, Eduardo-L.
Delville, Jean
Deman, René
Demolder, Eugène
Denis, Frédéric
Denis, Hector
Dervaux, Adolphe
Des Ombiaux, Maurice
Desmarets, Louis
Deroxe, Myriam
Desroches, Paul
Destrée, Jules
Deuxailles
Devaldès, Manuel
Deverin, Edouard
Devaldès, Manuel
Devos, Prosper-Henri
Dietrich, Charles
Domela Nieuwenhuis, Ferdinand
Dominique, Jean
Drouot, Paul
Dufranne, Henri
Dulac, Albert
Dumas, Léon
Dumur, Louis
Dupierreux, Richard
Dupin, Louis
Duterme, Marguerite
Dutry, Jean
Duvernois, Jacques
Dwelshauvers, Georges
Eekhoud, Georges
Eggermont, Armand, voir Ulric
Elskamp, Max
Elslander, Jules-François
Espe De Metz, J.
Evans, Serge
F.E.
Federn, Karl
Fénestrier, Charles
Fernet, Jean
Ferrand-Mosany, José
F.J.
Fleischman, Hector
Fontainas, André
Fram
Franck, Louis
Frère, Hubert
Fuss-Amorré, Henri
Gadon, Henri
Gaillard, Franz
Gauchez, Maurice
Gaymard, Berthe
Gazanion, Edouard
Gensse, Adolphe
Gilbert, Eugène
Gille, Valère
Giraud, Albert
Goffin, Arnold
Golstein, René
Grave, Jean
Guérin, Georges
Guilbeaux, Henri
Guyot, H.
Haber, A.-V.
Hache, Francis
Hamon, Augustin
Haraldson, Olaf
Harry, Gérard
Hellens, Franz
Heller, Frank
Henderson, Archibald
Henri-Martin
Herbert, Marcel
Herbrandt, Paul
Herenien
Herold, André Ferdinand
Herwig, Gustave
Heyne, Jules
Hirsch, Pierre
Hubens, Arthur
Huysmans, Camille
Jacquemin, Albert
Jaloux, Edmond
Jauniaux
Jean, Lucien
Karmin, Otto
Kemperheyde, René
Kragins, M.
Krains, Hubert
Kunel, Maurice
L.
Lagye, Paul
Laillet, H.
Laisant, Charles-Ange
Lalli, Roger
Lambotte, Léopold
Landret, Louis
Larroussinie
Le Roy, Grégoire
Lebesgue, Philéas
Legavre, Léon
Lemonnier, Camille
Lenskiy, Vladimir
Léonard, François
Leparc, François
Lermusiaux, Georges
Leroy, Maxime
Le Senne, Camille
Letty, Junia
Levy, Jacques
Liebrecht, Henri
Littlebird, John
Llona, V.-M.
Lonay, Alexandre
Lorand, Georges
Loyson, Paul-Hyacinthe
L. P.
Lyr, René
Mac Cabe, Joseph
Mac Cready, T.-L.
Mac Say, Stephen
Magne, Émile
Malatesta, Errico
Malato, Charles
Malet, Lucas
Mandin, Louis
Maran, René
Mareuil, Gustave
Marguerite, Charles
Mari, Gassy
Marlow, Georges
Marsan, Eugène
Martinet, Marcel
Mary, Albert
Mary, Alexandre
Masay, Fernand (Dr.)
Mathy, Camille
Maubel, Henry
Mauclair, Camille
Mauroy, Ludovic
Max, Paul
Mazade, Fernand
Melchine, L.
Merle, Eugène
Merril, Stuart
Michel, A.
Michels, Robert
Milet, Claude
Monseur, Eugène
Moreau, Lambert
Mosany, Georges
N., (abbé)
Naquet, Alfred
Naud, Jean
Nicolas, Pierre
Noël, Abel
Noël, Jules
Norgelet, Francis
Outrebon Jacques
P.
Papens, Georges
Pataud, Émile
Peltier, Jacques
Pergament, Charles
Périer, Gaston-Denys
Picard, Edmond
Piérard, Louis
Pierredon, Georges
Pierron, Sander
Pilon, Edmond
Plan, Pierre-Paul
Poinsot, M. C.
Poinsot Maffés, Charles
Polderman, Fabrice
Pontet, Léon
Potron, Gustave
P.P.
Pratelle, Aristide
Prist, Paul
Przybysrewski, Stanislaw
Pulings, Gaston
Quénéhen, Léon
Quiñones, Ubaldo-Romero
Rachilde (pseud. Madame Alfred
Valette)
Ramaekers, Georges
Raymond-Duval, Pierre-Henri
Raynaud, Ernest
Reclus, Élie
Rémois, Abel
Rency, Georges
Rens, Georges
Rictus, Jehan
Rizzardi, Luca
Robin, Paul
Rodo-Niederhausern
Rodrigue, G.-M.
Roidot, Prosper
Rolmer, Lucien
Romains, Jules
Roorda Van Eysinga, Henri
Rosny Aîné, Joseph-Henri
Rousseau, Blanche
Ruinet
Ruty, Franz
Ryner, Han (pseud. Henri Ner)
Sakellarides, Emma
Sauvebois, Gaston
Schlosberg, D.-E.
Schmickrath, René
Sebenicow, Franz
Simon, Maurice
Smedley, Constance
Solvay, Lucien
Sonnenfeld, Nandor
Sosset, Paul
Soubeyran, Élie
Spire, André
Stackelberg, Frédéric
Stefanoff, St.
Stiernet, Hubert
Strivay, Renaud
Swictochowsky, Alexandre
Symons, Arthur
Tarrida Del Marmol, Fernando
Thomas, Louis
Torcy, Abel
Torton, Léon
Touny-Lerys
Ulric, pseud. dArmand Eggermont
Valensi, Alfred
Valliée, Charles
Van De Woestijne, Karel
Van Den Borren, Charles
Van Offel, Horace
Van Puymbrouck, Herman
Vandeputte, Henri
Vandervelde, Émile
Vandervelde, Lalla
Vandervoo, B.-P.
Varlet, Théo
Verhaeren, Émile
Vessélovsky, M.
Veuchet, Edmond
Wauthy, Léon
Weil, Bruno
Whitman, Walt
Willy (pseud. Henry Gauthier-
Villars)
X.
Zeka
Ziegler, Georges
Zisly, Henri
5.4 La Société Nouvelle : Revue internationale, 3ème série
(février 1914 - juillet 1914)
Le n°1 de février 1914 marque le début de la troisième et dernière formule de la Société Nouvelle (la quatrième si on tient compte de lHumanité Nouvelle).
Elle se démarque des précédentes par une nouvelle maquette (cela faisait trois mois quétaient essayées différentes présentations), qui ne reprend plus ni la traditionnelle vignette, ni la devise " Adsit mens populis ".
Le directeur en est toujours Jules Noël, et le rédacteur-en-chef reste René de Marmande. Jusquen juillet 1914, mois où sarrête cette aventure éditoriale et intellectuelle pour motif dentrée en guerre, le lieu dédition reste le 13 rue Chisaire à Mons. Mais pour les numéros de mai et juin, ladresse indiquée est "3, rue des Grands-Augustins, Paris ".
Mentionnons que lors de nos recherches, nous avons parfois trouvé des documents où il était dit que la SN ne serait morte que en 1915. Pour ce qui nous concerne, nous navons trouvé aucun numéro ultérieur à juillet 1914, mais peut-être que quelques-uns sont encore sortis sporadiquement pour tenter de relancer la revue ?
5.4.1 Le directeur
Jules Noël
Voir chap. 5.3.1.
5.4.2 Le rédacteur en chef
René de Marmande
Né à Vannes, dans le Morbihan, de son vrai nom (vicomte) Constant Emmanuel Gilbert de Rorthays de Saint-Hilaire Marie, ce journaliste anarchiste usa alternativement de deux pseudonymes : Civis et René de Marmande. Collaborateur des Temps Nouveaux de Jean Grave et de La Guerre Sociale (1906-1911) de Gustave Hervé, Marmande uvra aussi, quoi que très occasionnellement, au Mercure de France.
Il fut remarquablement actif dans le mouvement libertaire français de lavant-Première Guerre Mondiale : en août 1906, il est (avec Benoît Broutchoux et Pierre Monatte et cinq autres délégués) lun des principaux Français au Congrès anarchiste international dAmsterdam. En 1909, il tenta la création dune Fédération révolutionnaire antiparlementaire (il fait partie de son comité directeur), en cela aidé par Almereyda et Durupt, mais celle-ci périclita rapidement.
Vient la guerre, il est mobilisé (en 1916) au 13ème régiment dartillerie, auquel il échappera en raison de sa myopie. En mai 1917, il reprend ses activités de militants en fondant un hebdomadaire pacifiste, Les Nations. En 1921, il adhère à une section (dans la Seine) de Parti Communiste. En 1922, il devient secrétaire de rédaction de lhebdo de la CGT, LAtelier. Il fit également partie de la Ligue des Droits de lHomme. Il publie en 1922 LIntrigue florentine aux Éditions de la Sirène à Paris.
5.4.3 Ladministrateur
Henri Bonnet
La seule remarque à faire au sujet de Henri Bonnet est quil passe du titre de secrétaire de rédaction pour la France (dans la précédente SN) à celui dadministrateur (voir aussi chap. 5.3.3).
5.5 Encarts publicitaires
Dans ce mince chapitre, nous désirerions toucher un mot de la publicité, qui si lon sy attardait plus longuement, montrerait la diversité des structures de toutes tendances politiques avec lesquelles la SN et lHN étaient en relation ; ce qui constitue un élément de plus pour nous convaincre de son pluralisme. Pour ne pas lasser le lecteur, nous ne citerons que quelques-uns des journaux où on la mentionnait (via des encarts traditionnels, ou dans le cadre de recensions), et laisserons de côté les périodiques beaucoup trop nombreux pour les citer pour lesquels elle faisait de la publicité.
Nous avons remarqué que le nom de la Société Nouvelle était cité dans des organes de presse aussi variés que les périodiques colinsistes (au premier rang desquels La Philosophie de lAvenir), anarchistes (La Mistoufle ), socialistes Mais elle est aussi quelquefois mentionnée dans les recensions du Mercure de France, ce qui nous montre que luvre de F. Brouez a su attirer sur elle lattention de la plus célèbre revue de lépoque. Peut-être est-ce dû en partie à G. Eekhoud, qui y publiait ses " Chronique de Bruxelles " ?
Pour ce qui concerne les publicités, nous avons retrouvé des encarts pour la SN dans La Débâcle (journal anarchiste) et dans le bimensuel Lutte pour lArt (périodique artistique). Dans le même temps, la Société Nouvelle fait paraître des publicités pour des organes de tous acabits : quotidiens, revues, cercles, université (lUniversité Nouvelle), certains livres dauteurs qui ont trouvé refuge dans ses colonnes et, ce à quoi nous nous attendions moins, pour ses propres éditeurs et imprimeurs.
Ces dernières publicités occupent parfois une large surface : cest ainsi que le catalogue dun éditeur peut à lui seul monopoliser une petite dizaine de pages. Du temps de F. Brouez, la publicité nest pas encore trop volumineuse, mais elle le deviendra avec Hamon, puis avec Jules Noël.
5.6 Les éditions de La Société Nouvelle et de LHumanité Nouvelle
Sans être de ces revues qui sont devenues des structures éditoriales à part entière (Nouvelle Revue française, Mercure de France), La Société Nouvelle fit occasionnellement, et la plupart du temps pour ses seuls collaborateurs, office de maison dédition (que ce soit pour des livres, des plaquettes, des brochures ou des tirés à part darticles de la revue). Les volumes quelle publiait reprenaient soit des articles parus dans La Société Nouvelle, soit des inédits.
Citons pour mémoire, et sans prétention à lexhaustivité, Les deux routes de Léon Legavre, Socialisme libertaire et socialisme autoritaire de Ferdinand Domela Nieuwenhuis, Pourquoi nous sommes socialistes de Jules Noël, La doctrine de Luther dElie Reclus,
La Matière de C. Royer, Marie Bashkirtseff de Charles Van Lerberghe (1895), Le Communisme révolutionnaire. Projet pour une entente et pour l'action commune de socialistes révolutionnaires et communistes anarchistes de Christian Cornelissen (1896).Mais bien sûr, la Société Nouvelle nétait pas le seul éditeur à publier des uvres originellement parues dans la SN, intégralement ou sous forme dextraits. Certaines se voyaient faire lobjet dun livre chez dautres éditeurs (ce qui se comprend fort bien, pour peu que leurs auteurs aient signé un contrat dexclusivité ailleurs) : Une nouvelle université à Bruxelles dEdmond Picard (1894), édité par lImprimerie Veuve Monnom ; ou encore Le socialisme en danger de Ferdinand Domela Nieuwenhuis, recueil de trois articles initialement écrits pour La Société Nouvelle et repris par P.-V. Stock comme n°15 de sa collection Bibliothèque sociologique. Parfois, lauteur dun article reprenait celui-ci pour létirer et aboutir à une monographie (par exemple, Le Mouvement anarchiste de Jacques Mesnil est à lorigine un article paru en mars et avril 1895 dans la SN ; et Jules Noël étire un article à la taille dune mince monographie, portant le même titre, de 80 p.).
Nous avons également retrouvé la trace de textes publiés aux Éditions de LHumanité Nouvelle(Paris), mais en quantité assez minime. Relevons un supplément littéraire à un numéro des Temps Nouveaux en 1900, Antisémitisme et sionisme, signé par des Étudiants Socialistes Révolutionnaires Internationalistes. La mention de ce texte nous est loccasion dun aparté : si plusieurs auteurs ont déjà souligné les liens existant entre la revue de lanarchiste Jean Grave et La Société Nouvelle (première version), nous découvrons avec ce supplément ce qui à notre sens navait pas encore été relevé que ces relations se sont poursuivies du temps de lHumanité Nouvelle. Il nous fait par ailleurs imaginer que la brouille entre Grave qui avait quitté la revue deux ans plus tôt et Hamon, pour cause dantisémitisme de ce dernier, na peut-être pas été totale, puisquon retrouve les noms de leurs revues respectives liées pour la production de cette brochure, qui plus est relative à lantisémitisme !
Les seconde et troisième Société Nouvelle disposant elles aussi dune structure vouée à la publication de monographies, paraîtront successivement Le Mariage tel qu'il fut et tel qu'il est dÉlie Reclus (avec une allocution d'Élisée Reclus) en 1906, Les derniers jours de l'État du Congo : journal de voyage, juillet-octobre 1908 dÉmile Vandervelde (1909), Le livre des masques belges de Maurice Gauchez (3 tomes, 1909, 1910, 1911)...
*
À part ça, nous navons guère trouvé que des tirés à part. Voici à titre dexemple ceux du fonds Reclus de la Réserve Précieuse de lULB.
ALLEN (Grant) " Linégalité naturelle ", juillet 1898.
Anonyme " Répartition des socialistes en France ", juillet 1898.
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